Mes mots random...

Mes moments d'homme. Mes mots random.

08 août 2008

On est toujours trahis par les chiens

J'aime bien revoir mes anciens stagiaires.


Ceux à qui j'ai transmis quelque chose, un peu d'humanité, d'éthique dans le boulot, celles que j'ai s...


Ahem.


J'aime bien revoir mes anciens stagiaires, comme celui-ci avec qui je prends un café et que je n'ai pas revu depuis dix ans. il est maintenant en charge de la stratégie internationale d’une multinationale Teutonne.


Lui : « Tu sais, j'ai eu une super idée : fermer les call-centers en Allemagne et les délocaliser dans des pays à faible coût de main-d’œuvre. »

Moi : « Tu sais bien qu’il y a le problème de la langue. Les Allemands ne veulent pas du tout être renseignés par des gens qui ont un accent bizarre – j’entends par là autre que l'accent bavarois, hein ? - et en plus trouver des germanophones en Afrique du Nord, je le sens moyen… »

Lui : « Oui, j’y ai réfléchi et j’ai trouvé : On va les ouvrir à Bratislava. Il y a plein de chômeurs à Vienne, qui est à cinquante bornes. On va ouvrir un immense call-center soumis aux lois sociales slovaques, autant dire à pas de loi du tout, et en plus subventionné par le gouvernement slovaque et l’Union européenne, et faire venir les Autrichiens en bus. Ils seront payés des clopinettes, le salaire moyen là-bas il est plus bas qu'en Chine, mais ils trouveront toujours ça mieux qu'être au chômage. »

Moi : « Les Slovaques vont subventionner l’emploi d’Autrichiens ??... »

Lui : « Ben oui, tu parles qu’on va juste parler des emplois qu’on va créer mais pas de leur nationalité. Et ensuite ils ne pourront plus s’y opposer : libre circulation des salariés dans l’EU ! »

Moi : « Mais alors pourquoi les faire venir en bus? Ils n’ont qu’à se débrouiller pour venir eux-mêmes s’ils veulent vraiment bosser... »

Lui : (totalement étanche à l’ironie) : « Oui, bien sur que ça coûte un peu plus, mais au moins on sera certains qu’ils seront dan les locaux à l’heure. Tu sais, avec les chômeurs... De toutes façon au final on sera gagnants, j’ai calculé. »

Moi : « Bon je vais aux chiottes, j’ai un peu la nausée, là. Je dois avoir un truc qui passe pas.»

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04 août 2008

Où l'on voit que je ne manque pas d'air

Il y a des êtres gâtés par les dieux. Pourri-gâtés, même.


Des êtres humains outrageusement privilégiés, issus de lignages irréprochables, de siècles de mariages entre des femmes superbes et des hommes brillants... (ou le contraire).


Je fais partie de ces créatures nées coiffées, comme on disait au vingtième siècle, et je le confesse bien volontiers car après tout je n’y suis pour rien : je suis né comme cela.


Parmi ces multiples bénédictions, d’autant plus injustes qu’elle ne te concerneront jamais et que tu te contenteras de regarder passer au loin les êtres d’élite dont je suis en finissant ton 2eme Perrier-Rondelle au Bar-tabac des Bosquets, parmi donc ces multiples bénédictions disais-je avant que tu ne m’interrompes, il y en a une que je chéris plus que toutes les autres :


Je ne rote pas.


Oui, je sais. Tu vas te dire que c’est trop injuste. Oui, tu vas pleurer, implorer le ciel que la terre s’entrouvre et t’engloutisse dans ses entrailles brûlantes, mais il faut bien t’y résoudre : je ne rote pas.


Pas la moindre éructation.

Jamais.


Tu imagines donc que je fais l’objet de la part de la gent féminine d’une convoitise d’autant plus vive que ce sexe est bavard, et que cette particularité a eue tôt fait de faire le tour des lycées, des douches collectives et des résidences universitaires. Les femmes m’aiment car je ne rote pas, c'est injuste mais c'est ainsi.


Ce don, doublé d'une éloquence acquise chez les Jésuites, m’a permis de maîtriser l’art délicat de la conversation amoureuse, comme j’avais une nouvelle fois l’occasion de le démontrer avec la délicieuse Tatiana, son mètre soixante-dix-sept, son quatre-vingt-dix C.


Dans ce café branché du Marais, autour d'un Coca Light pour elle, Zéro pour moi, je lui racontais comment j'avais sauté en parachute au-dessus des Alpes Suisses, la vitesse, la griserie et comment j'excellais à me poser avec élégance sur leEEUuuRRrrRRRPP**

Il y eut un long silence...

Je ne revis jamais Tatiana, son mètre soixante-dix-sept, son quatre-vingt-dix C.

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29 juillet 2008

Casanova pas.

Ce jour-là, dans le métro, l'homme est détendu. Il est même serein -et la chose est suffisamment rare pour être soulignée.

Il se trouve même séduisant, c'est dire.

Ce jour-là, l’homme a une petite lueur coquine dans l’œil, et justement sur une banquette voisine crépitent deux feux follets. Deux jolies brunettes prêtes à croquer Paris qu’elles découvrent.

Elles rient d’être simplement là, même dans le métro crasseux et étouffant, même entourées de gens pour qui le quotidien a la même couleur que le jadis. Les lumières de la ville-lumière flambent dans leurs yeux.

L’homme leur adresse un petit sourire complice qu’elles ne lui rendent pas. Mais elles ont les lèvres qui plissent aux commissures, la voix qui soudain est un peu plus aigüe et le regard qui coule furtivement dans sa direction.

Au fil des stations, les regards s’aiguillent et s’aiguillonnent, se parlent à silences suggérés.
A l'arrêt suivant, elles regardent
franchement l’homme dans les yeux et se lèvent. L’homme hésite un quart de seconde, les regarde, et se lève aussi - on ne vit qu'une fois.

La sortie de la station de métro est un grand escalier, l'homme gravit les marches derrière elles, les deux filles s'assurent par-dessus leur épaule qu'il est bien là. L’homme se rapproche pour ciseler une première phrase légère et joyeuse, un sésame de formalité qui lui fera les accompagner dans leur soirée et peut-être dans leur nuit...

Sa Converse gauche dérape sur une marche dans un couinement qui fait se retourner la moitié des têtes.

L'homme s’est rattrapé à la rambarde. Il se redresse comme si on lui avait botté les fesses et s’élance, le visage empourpré, vers le haut de l’escalier pour rattraper les deux filles.

Trois marches plus haut, il s’étale. Pas à moitié, non, mais de tout son long. Dans ses paumes s’incrustent des dizaines de gravillons. Ou bien du verre pilé, pilé comme ses espoirs de luxure nocturne et plurielle.

Il a un regard de bête blessée tandis qu'il imagine le reflet de son ridicule dans les yeux des deux filles.

Mortifié, l'homme détale sans regarder derrière lui.

A présent l’homme est immobile, sur un autre quai. Pour un peu il se jetterait sous le métro. Mais tel que c'est parti, il se dit qu'il serait encore foutu de se prendre les pieds dans les lacets et, en guise de saut de l'ange, de tomber sur les rails en vrac en battant grotesquement des bras.

Et on a sa fierté, merde.

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25 juillet 2008

Sexe, drague et Temesta

J’avais connu Raphaëlle en la voyant lire sur la scène d'un petit théâtre un texte déjanté, un horoscope louftingue pétri d’auto-dérision qui m’avait rendu amoureux d'elle aussi sûrement qu'une comète tombe sur le petit peuple de l’an mille. Nous avions quelque chose comme dix-huit ans de différence d'âge, et pourtant je lui avais expliqué que nous allions être amants, que c’était une fatalité inscrite dans les astres, une évidence. Evidemment, elle ne m’avait pas cru...


Enfin, pas tout de suite.


J’avais persévéré, ce qui ne me ressemblait guère. Il faut savoir, pour comprendre mon insistance, que cette fille était une des plus jolies qu’il m’avait été donné de connaître. Un double de Marie Trintignant en plus jeune, plus belle… et beaucoup moins morte. Une fille qui irradiait une folie juvénile à laquelle l'homme que j'étais ne pouvait que succomber, dotée de surcroît de la plus belle bouche que la nature ait pu créer. Charnue. Brillante. Un fruit frais gorgé de jus.


Un soir, alors que j'avais presque désespéré d'arriver à mes fins, son nom apparut sur ma messagerie et après quelques minutes de discussion elle me demanda si je voulais la rejoindre, chez elle... J'aurais dû hululer de joie devant mon écran, mais hélas, cent fois hélas, nous étions dimanche et comme tous les dimanche soir j’avais pris, quelques minutes auparavant, un somnifère. Je maudis les dieux Chrétiens, Grecs, Romains, Turcs, Tadjiks et Moldo-Valaques de ma déveine ! Effondré, je lui dis que j’étais fatigué. Mais elle insista, et elle ajouta même qu’elle ne voulait pas être raisonnable...


Je m’habillai, sautai dans la voiture et traversai Paris d'une traite, en essayant de ne pas trop zigzaguer.


Elle me fit entrer chez elle, elle était belle à réveiller un saint !… Ce sourire ! Ces lèvres !! Nous discutâmes un peu sur son canapé, effleurant comme par accident nos mains, nos pieds. Puis vers une heure du matin elle me demanda si je voulais dormir avec elle. Nous passâmes au lit, sa couette blanche, ses gros oreillers gonflés, sa peau blanche, mes gros yeux gonflés...


Je l’embrassai sur la tempe, frôlant ses épaules délicates avec l'air de ne pas y toucher et lui souhaitai bonne nuit. Quelques minutes plus tard elle étira lascivement un pied mutin vers ma cuisse… qui ne rencontra que l'indifférence absolue d'un corps dormant déjà d'un sommeil de plomb : le mien !


Au matin, après avoir fait ma nuit d'une traite, je ne pus que constater qu'elle était partie en laissant un post-it me disant juste de claquer la porte en sortant.


Evidemment, je ne reçus jamais de seconde invitation.

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21 juillet 2008

La vie quand même

Dans le samedi des excités en bagnoles rageuses, le coup de téléphone de gens aimés. Les vibrations du scooter dans la douceur de l’air à peine estival, les tours de la Défense laissées sur la gauche. Les embrassades et les accolades peau sur peau. Les ploufs dans l’eau bleutée, malgré les frissons et la chair de poule. La trace des avions du Bourget dans les lumières de cuivre du couchant. Les cris des enfants de toutes les couleurs. L’or brillant du Meursault et du Côtes de Bergerac moelleux dans les verres à pied. Le soleil qui s'accroche au toit de la grande maison. La somnolence dans les rires réverbérés par la courbe du patio. La paille tressée des meubles de jardin sous les doigts. Le sourire de la maîtresse de ces lieux, ses seins à peine couverts par un haut vert anis sur sa peau noire. La salade de pâtes avec le saumon mariné et les citrons confits. La petite Jeanne posant sa tête sur mes genoux. Le vin rosé. La douceur de l’air à peine assagie par la nuit. Les torches allumées. Les corps fatigués. Le gâteau aux noisettes et au caramel. Les embrassades, les promesses. Le retour, la lune presque pleine au-dessus de la Seine. Les ponts. Les quais. L’air sur le visage. Le sourire. La nuit.

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16 juillet 2008

Novo

Elle me surprend toujours quand elle arrive.

Je regarde quelque part et elle apparaît dans le coin de mon oeil, silhouette qui n'est jamais comme dans mon souvenir. Elle sourit, je vois ses yeux aux cils si noirs, si longs, ses cheveux mouvants qui encadrent l'ovale de son visage. L'instant d'après il y a son corps contre le mien, il y a ses seins contre mon torse, ses hanches sous la paume de ma main, ses lèvres pressées contre les miennes. Il y a l'odeur de sa peau dans mes narines, mon nez qui furète dans ses cheveux. Elle s'excuse de son retard et je lui dis que ce n'est rien, même si elle m'a manqué chaque seconde où elle aurait dû être là. Ma main continue de parcourir son corps tout le temps de nos retrouvailles, je la touche de chacun de mes doigts, je l'entoure de mes bras, je la serre contre moi. Et enfin nous marchons.

Nous nous aimons d'un amour clandestin que nous affichons dans toutes les rues de Paris. Nous nous aimons d'un amour qui nous précipite l'un vers l'autre, l'un contre l'autre, l'un dans l'autre. Nous nous aimons d'un amour fusionnel et dissocié qui se repaît de son propre manque. Nous nous aimons chaque jour comme au premier jour, et chaque jour un peu comme au dernier. Nous sommes un couple et nous ne vivons pas ensemble, même si la nuit je sais ses peurs, ses béances et ses peines, peut-être mieux que si je dormais à ses cotés.

Elle me retranscrivit récemment cette lettre d'Albert Camus à Réné Char :

"La vérité est qu'il faut rencontrer l'amour avant la morale, ou sinon les deux périssent. La terre est cruelle. Ceux qui s'aiment devraient naître ensemble, mais on est mieux à mesure qu'on a vécu, et c'est la vie elle-même qui sépare de l'amour. Il n'y a pas d'issue sinon la chance, l'éclair ou la douleur".

Je lui ai répondu qu'elle et moi avions tout cela. Nous avons l'amour, nous avons connu la morale pour savoir qu'elle n'était pas nôtre. Nous avons la chance de nous être rencontrés, l'éclair de notre passion et la douleur de notre éloignement.

Oui mon amour, nous avons tout cela. Nous creusons notre manque, le comblons et le creusons encore. Nous versons du sel sur nos plaies pour mieux nous les lécher ensuite, l'un l'autre. Nous sommes un manque qui ne cesse d'appeler son plein, un tonneau des Danaïdes que nous emplissons avec vertige, délice et tragique.

Nous sommes des amants, dans ce que ce mot a de plus beau.

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03 juin 2008

Dans les dents (brosse souple)

C'est samedi soir, le petit groupe d'amis est réuni pour une soirée improvisée. Il y a du Saint-Véran dans les verres, des bougies et de la bonne musique.

Notre hôte Patrick est originaire de Nice, sa femme est Mauricienne. Ils s'aiment tumultueusement depuis vingt-cinq ans et ont trois enfants magnifiques. Dans les canapés et sur les poufs il y a ma compagne et moi, jouant notre rôle de dilettantes capables de parler de tout et surtout de rien mais de façon plaisante, et puis il y a Manfoya, professeur de mathématiques d'origine Malienne, divorcé avec deux enfants.

Le célibat de Manfoya, bel homme intelligent et sportif, est un sujet de discussion récurrent et les tentatives rigolardes de le caser, régulières. Donc forcément, quand vient le sujet d'une prochaine fête, on lui pose l’habituelle question : "Le 14 juin, tu viendras avec ta tartine ?..."

Manfoya est généralement discret sur sa vie privée, mais cette fois-ci, à la surprise générale, il répond d’une voix amusée : "Et bien… si vous voulez tout savoir, en ce moment je beurre la tartine d'un autre... Il y a donc peu de chances que je vienne avec elle !"

L'assemblée marque un petit temps, jusqu’à ce que Patrick fasse remarquer avec un sourire en coin qu'après tout, une tartine a deux cotés... Il raconte alors comment, quand il était étudiant, il avait couché avec Mme C., une très belle femme que son mari conduisait chaque année dans le Sud. Après quoi il repartait, laissant sa femme s'envoyer joyeusement en l'air avec un homme différent tous les soirs pendant les trois semaines que durait son séjour. Et de conclure avec bienveillance qu’on a tous fait ce genre de choses...

Devant la moue sceptique de ma compagne, je me permets de lui rappeler qu'avant notre rencontre elle avait été la "petite amie de vacances" d'un militaire espagnol marié, puis d'un Italien fiancé. Avec bonne grâce, elle ajoute même au tableau de chasse un troisième protagoniste dont j'ignorais l'existence... Devant sa mine faussement contrite et les rires de l'assistance, je conclus "Cosi fan tutte" !

La conversation s'en va alors rouler sur d'autres cailloux jusqu'à ce qu'il soit deux heures du matin et que tout le monde rentre chez soi.

De retour à la maison, devant le miroir de la salle de bain naît une conversation moussue et fluorée :

Elle - "Tu te rends compte que Manfoya vient de nous dire qu'il couchait avec une femme mariée ??" (brosse)

Moi - "Venant de lui qui est si droit, si rigoriste, ch'était assez churprenant !" (brosse)

Elle - "Quand même, moi, cha m'a mise un peu mal à l’aise..." (crache)

Moi - "Faut pas exagérer... même toi tu as reconnu avoir couché avec des mecs maqués !" (crache)

Elle - "Oui, mais moi je pense au mari trompé, c’est dur, quand même..." (glouglou)

Moi - "Il faut être pragmatique : tant qu'il y a d'un coté des désirs insatisfaits et de l'autre des gens capables de satisfaire ces désirs, est-ce que c’est si mal ?…" (glouglou) (crache)

Elle – « Oui, mais quand même !..."

Moi - Il y a des gens qui n'ont pas ce qu'ils veulent et d'autres qui peuvent leur donner ce qui leur manque et qui trouvent ainsi chacun un équilibre. Et puis d'abord, où est-il écrit que l'on devait absolument être monogame ? C'est une survivance d'une époque révolue. Les femmes... "

Elle me coupe dans le début de ma tirade, me regarde droit dans les yeux en souriant et me dis :

- "Mais oui, mon chéri… Je le sais très bien que tu es multigame."

Elle touche du doigt mes testicules et ajoute :

- "Seulement, ce qui est là-dedans, je veux que ça soit juste pour moi !"

La brosse reste en l’air. J'acquiesce, yeux écarquillés.

Elle reprend son brossage.

Moi aussi.

(crache)

(glouglou)

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06 mai 2008

Seulitudes

Posé à plat sur le dos. Le regard tourné vers un ciel imaginaire. Les paumes des mains ouvertes sur le drap. Le corps détendu, chaque vertèbre en paix.

Le temps qui passe.

Et puis. L’ envie de sa présence.

L’envie, juste, de sentir qu’elle est là.

L’envie de sentir que le matelas s’incurve sous son corps.

Non, pas le sentir. Le savoir, juste.

Envie de savoir juste qu’elle est là, que sa respiration est calme.

Envie de me tourner vers elle et de poser ma joue dans le creux de ses hanches.

Envie de poser mes lèvres sur sa peau.

Envie de savoir que quand j’ouvrirai les yeux, elle me regardera.

Envie d’avoir dans mon lit celle qui n’y est pas.

Elle. Qui dort ailleurs.

Et moi aussi.

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29 avril 2008

Hard déco

Frédérique fut la femme de nombreuses premières fois.

Elle fut la première femme que je rencontrai dans une soirée et qui me glissa son numéro de téléphone dans la main en partant.

Elle fut la première femme aux cheveux très courts avec laquelle je couchai, et l'une des rares à avoir presque le même âge que moi...

Elle fut enfin celle qui avait les seins les plus sublimes que j'ai jamais tenu entre mes mains.

Elle était petite mais avait un corps parfait, sportif et parfaitement proportionné. Elle prenait un soin méticuleux de sa peau. Elle s'hydratait, se gommait et me donna un jour une érection rien qu'en m'expliquant comment sa mère lui avait appris à masser quotidiennement ses seins avec de l'huile pour éviter qu'ils ne tombent sous leur propre poids. Le conseil avait été judicieux, son impressionnante poitrine aurait pu être en silicone tellement elle défiait la gravité...

En compensation de cette plastique éblouissante, Frédérique avait deux défauts. Gros, eux aussi. Elle ne souriait que la bouche fermée pour dissimuler une dentition de fumeur et elle habitait un appartement meublé et décoré intégralement en Art déco.

Son immeuble était Art déco. La cage d'escalier était Art déco. Les murs vert de jade étaient Art déco, les radiateurs étaient Art déco, les fauteuils en cuir et bois mahogany  étaient Art déco. Il y avait des luminaires en cuivre Art déco, une table de salon Art déco, un énorme buffet Art déco. Son vestibule était Art déco, son salon était Art déco, sa chambre était Art déco. Seule la tenace odeur de lessive qui imprégnait son appartement était contemporaine... Ariel déco, en quelque sorte.

La première fois que je passai la nuit chez elle, je fus étrangement oppressé. Mais je la sautai.

La deuxième fois -et en dépit d'une somptueuse pipe-, j'eus le cafard à cause d'une applique aux formes particulièrement tourmentées.

La troisième fois, je lui pratiquai un interminable cunnilingus pour ne pas avoir à supporter la vision d'une grille de radiateur vert-de-grisée.

La quatrième fois, je lui annonçai que je rompais.

Frédérique fut la femme de nombreuses premières fois.

Elle fut aussi la première et unique femme que je quittai à cause de son appartement.

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25 avril 2008

From hell

Ca commence par un genre de bruit.


En fait, c’est plus une sensation qui ferait comme un bruit. Un crissement. Un peu comme un rideau métallique qui s’ouvrirait dans un entrepôt, à part que ça se passe derrière mes yeux. C’est le bruit de paupières sèches coulissant sur deux globes oculaires, les miens en l'occurrence. Du sable entre deux couches mobiles d’organique. A ce moment, je commence à avoir suffisamment de conscience pour percevoir une douleur dans l’épaule, dans le haut du biceps. Le bras est bizarrement placé, un peu comme tordu. Je bouge légèrement et une autre douleur apparaît dans le milieu du dos. Il faut bouger, il faut absolument bouger. Un effort, un basculement, et la pression s’évapore. Pour faire place à une série de petits craquements très rapprochés dans les cervicales. Mouvement réflexe de pousser la tête en arrière. Grande respiration, bras qui se tendent vers le mur, clac dans l’autre épaule, série de petits picots le long de l’échine qui se décrochent les uns après les autres. Le dos qui s’arque un peu, douleur grignotante mais presque agréable. Rotation lente du cou avec une odeur de poussière sèche dans le nez. Les oreilles qui palpitent douloureusement. Tympans voilés, petit bruit de feutrine quand j’avale. Silence. Elle veut me parler, chhhhhut… pas parler. Lentement, sentir que tout se remet en place. Cambrer un peu les reins pour bien répartir le poids du corps sur le dos. Respirer. Profondément. Laisser les souvenirs de la veille remonter à la surface comme un sucre s’imprègne d’eau de vie. Hier soir les discussions rigolardes autour du bar, le pogo sur Love Like Blood de Killing Joke, la tour Eiffel la nuit et puis se souvenir qu’hier soir j'avais bu un verre de vin et une bière.


Se dire qu’une gueule de bois pour ça et quelques heures de sommeil en moins, c’est un peu cher payé.


Conclure en refermant les yeux que ça fait vraiment chier que le corps vieillisse plus vite que l’esprit...


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