Je me demande parfois combien de fils ont, comme moi, engagé un jour un enquêteur privé pour retrouver leur père...
Ce père perdu de vue pendant onze ans qui boit son double whisky en face de moi, et qui titille le serveur qui n'arrive pas à apporter une seule commande sans se tromper.
Mon père mange d'ailleurs de l'autruche pour la première fois en croyant que c'est du boeuf.
Je souris.
Nous parlons crise financière internationale, élection d'Obama, politique intérieure française. Je lui explique les subprimes.
Nous discutons agréablement et je me dis qu'il n'avait pas besoin d'un enfant mais d'un adulte.
Je ne sais pas comment le sujet arrive sur la table, en même temps que le vin qui aurait dû être un Pauillac et qui ne l'est pas.
Cette chose dure de la taille d'une petite olive découverte sur un de mes os, un matin froid.
Les hésitations des médecins, les examens sans fin dans des hôpitaux aux noms préoccupants.
La maladie censée me laisser quatre à six mois de vie alors que je n'avais pas vingt ans.
Et ce père que j'ai toujours connu si distant, si étranger à toute marque d'affection qui me confie qu'à cette période là, il lui arrivait d'arrêter sa voiture au bord de la route pour pleurer, seul.
Le serveur arrive avec une assiette de fromages au lieu du dessert demandé.
Je ne dis plus rien. Finalement le fromage ira.

Quelquefois les arbres poussent à l'envers.
Le feuillage d'automne en bas et les racines en l'air.

Joyeux Noël.