Ainsi me voilà dans la souffrance.

Dans cette souffrance aigüe qui me tord les tripes et me déchire le cœur.

Il serait long d’expliquer les derniers jours, très long.

Long d’expliquer comment ces longs mois de doutes muets, d’abandon, de respect mal compris et finalement mal vécu de part et d’autre ont fini, combinés à un usage malheureux de la chimie, par se concrétiser en une boule dure et glacée, étoile noire qui a tout attiré dans sa masse avant que d’exploser à l'intérieur de moi. Violemment.

Kamikaze portant sa propre ceinture d’explosif, je me suis déchiqueté le premier.

Le souffle a arraché la peau qui recouvrait mes yeux.

La lumière a brulé ma rétine décillée, a accentué encore la douleur.

Il a fallu accepter de voir, de regarder en face.

Il a fallu accepter de dire, et d’entendre.

Il a fallu voir le changement de l’autre.

Il a fallu accepter de se mettre à nu quand elle se tenait devant moi en armure.

J'ai gardé les yeux ouverts pendant que se répandait le souffle brûlant, et les garde désormais.

Je continue à détruire l’illusion que je me suis construite, consciencieusement.

Je me confronte méthodiquement à la souffrance, comme une brûlure d’acide à l’intérieur du corps.

Comme un deuil.

Comme la perte de l’innocence.

Comme une naissance, peut-être.