J'ai connu les boîtes échangistes.
J'ai connu les hôtels où l'on loue les chambres à l'heure.
J'ai connu les sex-shops, les peep-shows, les cinémas pornos.
J'ai connu les allées du bois de Boulogne.
J'ai connu presque tous les lieux obscurs, les temples érigés au plaisir masculin.
J'ai connu tous ces lieux. Tous, sauf peut-être les bordels.
J'ai connu tout cela, mais rien, rien vraiment n'égalera le pouvoir érotique de ce lieu si particulier...

Le musée.

Rien n'égalera ni même n'approchera ces grandes salles aux murs blancs où les profils se détachent si parfaitement. Ce silence d'église, à peine troublé de quelques chuchotements.

Les femmes dans les musées sont belles, avec un regard perdu en contemplation. Leurs tenues sont étudiées et leurs couleurs s'assortissent avec grâce et parfois hardiesse. Elles sont souvent minces, graciles, leurs pas sont légers. Quand elles ne sont pas jeunes, elles ont gardé quelque chose de profondément élégant, un regard clair, une allure. Une intelligence.

Les femmes dans les musées ont l'air vulnérable. Absorbées par la contemplation des oeuvres, elles oublient d'être sur leurs gardes. Les femmes dans les musées ne prennent pas de pose, leur visage est légèrement penché, légèrement levé. Leurs yeux sont ailleurs. Leur corps est en équilibre instable et parfois elles vacillent légèrement. Les femmes dans les musées oublient un instant qu'elles sont des femmes pour être de simples esprits.

Les femmes dans les musées se laissent observer. Elles se perdent dans les installations, elles passent devant vous qui regardez un Pollock. Vous les regardez et elle se laissent faire. Dans un musée, tout le monde regarde. Les femmes dans les musées semblent presque atteignables.

Les femmes dans les musées vous frôlent quand elles passent près de vous, laissant un discret sillage de parfum ou juste une caresse d'air. Parfois elles sont perdues en elles-mêmes et l'on dirait qu'elles viennent de faire l'amour. Vous croisez leur regard et il reste vaporeux un instant. Les femmes sont rêveuses dans les musées.

Parfois vous les retrouvez à la boutique et vous échangez un sourire avec elles au-dessus des catalogues de l'exposition. Parfois elles vous regardent partir et vous saisissez leur regard par-dessus votre épaule.

Et puis vous passez la porte.

Et vous les oubliez, en tant qu'individus. Ne reste plus alors que cette vague impression, cette troublante et délicate séduction des femmes dans les musées.