15 mars 2009
Play blessures
Alors comme ça Bashung t'es mort ?
Ca alors... A 61 piges.
Je crois que c'est encore ça qui m'a le plus surpris.
Parce que tu vois, à force de t'avoir toujours connu, à force d'avoir toujours une de tes chansons à chaque époque de ma vie, j'avais fini par penser que tu n'avais pas d'âge, que t'étais éternel.
C'est con de mourir à 61 ans.
Tu vois, un de mes premiers souvenirs de musique à la télé c'est "Gaby", à l'époque où on te présentait encore comme un chanteur Alsacien. A l'époque où personne pigeait que dalle aux paroles de Boris Bergman.
Je me souviens très bien de la première fois que j'ai entendu "Vertige de l'amour" à la radio. Mon légionnaire attend qu'on l'shunte / Et la tranchée vient d'être repeinte...
Et je me souviens que plus tard, j'avais une cassette où j'écoutais en boucle "Qu'est-ce tu fais / mais tu tapines Hambourg - Pas du tout c'est l'arrivée du tour" - Grand moment de surréalisme, l'écriture automatique appliquée à la chanson. André Breton aurait adoré.
J'ai pas aimé la période avec Gainsbourg et j'ai sauté directement à "Fantaisie Militaire", la photo de pochette avec ton visage entouré de nénuphars d'eau.
Entre-temps il y avait eu "Osez Joséphine", quand même, le clip où tu jouais de la guitare dos à dos avec Edith Fanbuena, mais surtout, surtout, il y a eu "Madame Rêve", une des plus belles chansons françaises ever...
Mais "La Nuit je mens"... Ah ce clip ! Cette fenêtre crade, ces moments d'humanité glauque, ces filles à la dérive et ces hommes de guingois. J'aurais passé des heures à cette fenêtre. La nuit, je mens, et effrontément...
Et puis "Aucun Express", quelle chanson... A te tirer des larmes de tristesse et de bonheur à la fois ! J'ai longé ton corps, épousé ses méandres, je me suis emporté, transporté, par-delà les abysses, par dessus les vergers...
Je t'ai vu une fois en concert, une seule. C'était la Tournée des Grands Espaces. A Bercy tu avais eu cette sortie magnifique, sur le dernier morceau la grande porte au fond de la scène s'était ouverte et tu étais sorti directement dehors, dans la nuit, il y avait ton manteau qui claquait dans le vent et je ne sais plus si c'est un effet de mon imagination mais je crois bien qu'il neigeait...
Comme je connaissais Emilie Simon qui faisait la première partie, j'étais allé backstage. J'avais parlé de romans fantastiques avec Mathias Malzieu et puis à un moment on était montés dans ta loge. Personne ne mouftait, tu trônais comme une sorte de parrain fatigué dans un grand canapé, il y avait ta femme qui aurait bouffé toute crue toute minette qui se serait approchée à moins de deux mètres, et de temps en temps tu demandais d'une voix douce et presque timide si tu avais été bien, si ça nous avait plu...
Et puis récemment je t'ai vu, sans ta grande chevelure, sans tes sourcils, mais toujours avec la même voix, je t'ai vu soulever difficilement ta Victoire de la Musique et tout à l'heure j'ai su que tu étais mort.
Et ça m'a fait tout drôle, tu sais ?
Alors après toutes ces chansons, tous ces souvenirs, toutes ces émotions, l'image que je vais garder de toi, c'est celle-ci.
Ta silhouette en longue veste de cuir, tournant le dos lentement et partant vers le fond de la scène, vers une porte ouverte sur la nuit, dans le vent froid et une neige qui, peut-être n'a jamais existé. Et un express qui, cette fois-ci j'en suis sûr, t'a emmené vers la félicité.
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Commentaires
On pourrait parler d'une "génération Bashung".
Une grande tristesse m'a envahit cette nuit en lisant la nouvelle. Ma bloguibulle (dont tu fais partie, bien évidemment) est retournée : il n'y a pas de hasard...
J'ai vu Bashung sur scène il y a très longtemps, c'était à l'Olympia, je dirais que c'était à l'époque de « Osez Joséphine » mais sans certitude. J'ai raté la tournée des grands espaces et on m'a dit que c'était un superbe spectacle. J'aurais dû le voir début mars au Grand Rex, et puis ça a été reporté en avril, et puis ça vient d'être reporté sine die (et ça fait long à attendre). Je m'accroche donc au souvenir vivant de ses chansons dans mes oreilles. J'ai lu dans la nécro de liberation.fr que « L'imprudence » était peut-être son meilleur album. Évidemment, c'est tellement plus classe de balancer que le plus inaccessible, c'est le meilleur (bande de nases !). Faudrait que je me replonge dedans. Je me souviens qu'après le ludique « Passé le Rio Grande » avec du calembour au kilomètre, Bashung avait sorti le très acre « Novice » que j'ai détesté à la première écoute, avant de l'écouter et le réécouter et d'en faire un de mes Bashung de chevet. Si je devais n'en retenir qu'un (mais le faut-il ?), ce serait « Fantaisie militaire ». Si je devais n'en retenir qu'une, ce serait « Madame Rêve ».
On s'fait une pizza ?
je l'avais vu il y a peu... un concert lent à démarrer et dans un seul élan, une force incroyable le tire vers le haut et nous avec...
et malgré la maladie, sa voix chaude, immuable et qui raisonne encore en moi...
merci monsieur Bashung
Ils nous font du mal nos morts, proches ou non et cette rubrique porte soudain son nom...
La nuit je mens...c'est justement ce clip et cette chanson que j'ai choisi de mettre sur mon blog.
J'aurais bien aimé être près de lui lorsqu'il écrivait ses paroles, mâchonnant son crayon, puis trouvant l'inspiration, la phrase bizarre, alambiquée, qu'il m'aurait expliqué en même temps..
Qui prendra la relève ?
J’ai eu la chance de le voir au Paléo festival l’été passé. Malgré la pluie, la boue et l’heure tardive, c’était sublime en émotion...
Il est bien votre hommage.
J'ai bien aimé la façon dont tu en parles. Bashung l'impression de le connaître depuis toujours même si je n'ai jamais été fan.
Bashung, ce sont ses paroles, et sa voix, et c'est idiot, mais sa chanson la plus simple, peut-être la moins intéressante à tous points de vue et d'écoute qui m'a longtemps accompagnée - j'ai juste craqué quand j'ai entendu : "Putain ce que t'as été belle quand tu te mettais à genoux" pour la première fois, Bijou bijou. Tellement d'échos avec les hommes.
Comme l'obscurée du clerc, je dirais les mots d'abord, il savait choisir ses paroliers. "de formes oblongues ... et de totems qui la punissent ...". Tellement d'échos avec les nonnes :-) Bonjour vous.
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