Canicule et moi avions accepté l’invitation.

Notre hôte, un ami libertin à l'esprit imaginatif, avait fixé comme thème de la soirée les Nuits de Saba. Il avait fait décorer son appartement et les murs étaient tendus de draperies richement colorées, les canapés recouverts de coussins épais et cramoisis. Cà et là des lampes à huile brûlaient, entourées d'une myriade de bougies parfumées. L’air sentait l’encens. Les tapis étaient profonds.

Le maître de maison avait même veillé aux tenues de ses invités. Canicule découvrit qu’elle serait la Reine de Saba et qu'à ce titre, elle devait se vêtir d’une robe constituée d’un filet à très larges mailles au travers desquelles on pouvait passer la main. Cela tombait bien, un rien l'habillait…

La salle de bain jouait le rôle de vestiaire. Nous étions arrivés les premiers et j’aidais Canicule à placer sur son corps nu la robe-résille, dont le maniement n'était pas aisé. Elle était très exaltée à l'idée de cette soirée et quand je passai ma main sur son sexe lisse, je découvris non seulement le velouté de sa peau mais aussi une moiteur incitative...

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Il ne lui en fallut pas plus pour se mettre à genoux et soulever le pagne qu’on m’avait donné pour tout costume... J’étais un esclave et la Reine me suçait au mépris de toute étiquette ! Notre hôte passa la tête par la porte à ce moment-là et dit simplement « Ah, vous avez déjà commencé ? »...

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Je l’invitai à regarder, ce qu’il fit avec envie. Je jouis dans la bouche de Canicule, emperlant même sa chevelure rousse d'un peu de liquide blanc... C’était bien que je jouisse maintenant, je voulais être suffisamment endurant pour la soirée qui n’avait en fait pas encore débuté…

Les autres convives arrivèrent, en fait un autre couple. Lui, un grand black baraqué et elle, une blonde sans grâce. Elle n’était pas à mon goût mais je supposai qu’elle plaisait à l’instigateur de cette fête. Le grand black, lui, semblait faire envie à Canicule et c’était parfait ainsi.

Il se passa un temps d’adaptation sociale finalement assez court et les gages piochés dans une vasque nous mirent rapidement dans l’ambiance. Canicule jouait parfaitement son rôle de Reine, donnant des ordres à ses esclaves qui les exécutaient de bonne grâce… notamment lorsque le gage fut pour les trois hommes de s’aligner devant elle pour qu'elle puisse sucer nos sexes à tour de rôle. Le tableau était superbe dans la lumière des bougies et je voyais les joues de Canicule gonfler alternativement sous la pression de nos chairs bandées. La blonde vulgaire, elle, restait en retrait. Cela ne me dérangeait nullement.

Les heures passèrent... J'évitai toujours tout contact avec l'autre femme mais Canicule fit plus amplement -et de toutes les façons possibles- connaissance avec la queue du black, avec un plaisir visible. Moi je baisai simplement avec Canicule. Le hasard avait fait que la façade de l’immeuble était en rénovation et, plus ou moins à l’abri sous la bâche en treillis, je la pris en levrette sur le balcon pendant qu’elle criait à en alerter les policiers du commissariat sur le trottoir juste en face…

A présent la blonde me mettait franchement mal à l'aise. Quelque chose en elle me gênait et ça n'était pas seulement son physique. C'est à ce moment que Canicule m’attira de nouveau sur le balcon et me raconta que tout à l’heure, quand notre hôte pénétrait la blonde, elle avait agrippé la main de mon amante et lui avait murmuré à l’oreille d’un ton suppliant « Ne me lâche pas »…

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Canicule était décontenancée, presque bouleversée. Elle avait tenu sa main crispée jusqu’à la fin de la pénétration et la blonde, une fois relevée, lui avait glissé un pitoyable remerciement à l’oreille.

Je regardai à l’intérieur du salon, où le sujet de notre discussion avait justement tiré un gage prévoyant qu'elle administre des coups de ceinture à notre hôte, qui se plaçait déjà à quatre pattes en souriant largement.

Ce qui se produisit alors sidéra tout le monde.

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La blonde leva haut la large ceinture de cuir qu'on lui avait obligeamment donnée et cingla à toute volée sa victime consentante, dont le visage grimaça. Elle la frappa une nouvelle fois, encore plus fort. Et une nouvelle fois, et encore une fois jusqu’à ce que le malheureux se dérobe sous la douleur et que son mec finisse par lui retenir le bras…

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J’étais rentré dans la pièce devenue silencieuse et je regardais, incrédule, les marques rouge vif que notre hôte avait sur le corps.

La blonde, elle, ne disait plus rien. Ses yeux étaient durs et fixes.

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La soirée était finie. Canicule était bouillonnante d’une rage qu’elle avait peine à contenir, le maître de maison pansait ses plaies et moi, vaguement dégoûté, je ne pensais qu’à rentrer, ce que nous fîmes moins d’une demi-heure plus tard après avoir passé de la pommade à l’arnica sur le dos de notre hôte et l’avoir aidé à ranger.

Le lendemain, je l’appelai.

- « Dis-moi la vérité, ces gens-là, tu les avais payés ? »

- « … Oui… »

- « Et la blonde, elle était consentante, tu penses ? »

- « D’après ce que son mec m’avait dit, oui ».

- « Et d’après ce que tu as vu ?… »

- « Je ne sais pas… je n'en suis plus très sûr.»

Moi non plus, je n'en n’étais pas sûr.

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Naïvement peut-être, je n’avais jamais pensé que l’on puisse prostituer sa propre compagne.

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Ce petit jeu, auquel nous avions quelquefois joué avec Canicule ou avec Aminah, était loin d'être aussi drôle quand il n'était pas vraiment un jeu...

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Même dans le vice, il subsiste des parts d'innocence que l'on perd parfois brutalement.