(titre à lire à voix haute et à répéter cinq fois très vite)

Il y a quelque chose de confortablement sensuel dans le fait de faire l’amour avec une femme qui fut jadis l'amante d’une nuit. Ce point d’équilibre qui concilie le meilleur des deux mondes, le souvenir suffisamment net des préférences d’un corps que l’on a secoué d’intimes tremblements et cette distance dans le temps qui donne à ces caresses un appétissant parfum de première fois.

Alors on répond à un appel dont on fait semblant de croire qu'il est équivoque. On entre dans ce grand appartement chic. On réalise qu’on se rappelle mieux de l'appartement lui-même que du corps de sa propriétaire. On se souvient de son odeur, de ses lumières, de la musique sur un i-pod. On est accueilli par la maîtresse de maison comme un ami que l'on n'est pas. On constate qu’elle s’assoit au même endroit de ce grand canapé rouge, dans la même attitude que lorsqu'elle avait proposé de montrer ses seins, qu'elle savait remarquables.

Avec un sourire on lui demande de les montrer, comme un clin d'oeil lubrique. On prends son temps pour la caresser, la déshabiller, la lécher, on a cette tranquille assurance d’un habitué et ce désir aiguisé de l'homme de la première fois. On se souvient qu’elle aime l’assurance et la virilité, alors on se la joue Mitterrand période force tranquille. On utilise ses longs cheveux cuivrés comme des draps et comme des rênes. On sent sa croupe se cambrer, on saisit l’invite et on se glisse doucement entre ses fesses. On voit la sueur perler au creux de ses reins, on s’étonne de la facilité avec laquelle il est possible d’entrer dans son cul, on se retient de jouir. On se complait dans cette caresse dépouillée de toute culpabilité judéo-chrétienne, et toute la nuit on la prend de cette façon-là.

Au matin, on se réveille le premier dans les senteurs musquées d’un lit souillé de plaisir, la tête dans la ouate du désir apaisé combiné à l'effet de la résine de cannabis. On se lève sans bruit, on pose le pied sur une latte de plancher qui craque fort et sèchement. On grimace sous l’agression sonore. On retrouve la salle de bains, on pisse le plus discrètement possible (assis), on ouvre le robinet, l’eau jaillit dans un bruit de diesel marin qui fait onduler les tuyaux du vieil immeuble et ruine instantanément nos efforts. On le referme et on serre les dents sous l’effet du couinement rouillé. La main au front, on sort de la salle de bains, on ouvre la porte de l’office qui grince avec un passage de l’aigu au grave et un final sardonique... On grogne entre ses dents. On cherche dans les placards de quoi manger, au hasard. On s’assoit sur un tabouret.

Et on se retrouve avec dans l'assiette un Weetabix hirsute et brun.