Il est ironique (et parfaitement logique) qu’un homme adultère et une femme qui a trompé nombre de ses amoureux soient aussi préoccupés de la fidélité.

Il y a quelques jours, sur la plage, elle traçait du pied de furieuses ellipes tandis que j’abordais frontalement le sujet. Je faisais l'homme, elle était femme. 

Au début de notre histoire, la fidélité aurait été un sujet de plaisanterie. La passion érotico-littéraire qui nous avait jeté dans les sécrétions l’un de l’autre sur le sol d’un bureau n’avait pas même d’avenir. Je baisais, elle se faisait sauter. Elle, moi, et tous les autres confondus dans un même maëlstrom. Il aurait été absurde d’en parler, voire d’y penser.

Les mois qui suivirent installèrent une fidélité naturelle, faite de sexe repu et de découverte de l’Autre incarné. La fidélité ne se questionnait pas, elle se vivait, le trop-plein permanent de nos échanges ne laissait de toutes façons pas la place à d’autres appétits. Il aurait été pathologique d’y penser.

La séparation de l’été engendra une crainte. Celle du vide créé par l’éloignement de l’autre et, sans doute, l’idée du remplacement. J’ai eu peur, j’avoue. Peur de son instinct de survie. Et nous avons survécu à cela.

Aujourd’hui je suis un homme infidèle que l’idée de sa tromperie à elle rend malade.

Nous sommes un homme et une femme qui portons nos faiblesses en bandoulière et l’appétit de la chair en étendard. Nous sommes un homme et une femme que l’appétit des corps et l’art de la séduction ont rapproché et qui n’aspirons maintenant qu’à la fidélité de l’autre, et à sa force.

L’amour d’un homme et d’une femme est décidément chose bien étrange.