T. a trouvé des pommes bio chez Naturalia. Il est très content. Il me dit qu’elles sont trois fois plus chères que chez Shopi mais que sa santé et celle de sa famille n’ont pas de prix. D'ailleurs il m’explique qu’il a jeté la Lampe Berger qui était dans la chambre de sa fille parce qu’il avait lu que ça balançait des millionièmes de grammes de butane dans l’air. Et puis il a aussi arrêté les bougies parfumées parce que ça donnait le cancer et le déodorant à cause des sels d’aluminium qui bouchent les pores. Mais T. est inquiet parce qu’il a entendu dire cette semaine que les meubles Ikea étaient toxiques. Je fronce le nez en même temps que je hoche la tête, on vit dans un monde hostile avec toutes ces bougies à la lavande et ces meubles suédois. Je le félicite de prendre autant de mesures pour se protéger des substances indésirables. Mais T. doit partir et je le raccompagne à sa Jaguar cabriolet. Il me dit qu’il se dépêche parce qu’il doit encore passer faire le plein. Il soupire « 75 litres à chaque fois. Et c’est qu’elle consomme, hein, 30 litres au 100 sur autoroute ! » Je l’aide à décapoter et à découvrir le maxi-cosy de sa fille sur le siège passager. « Tu sais qu’elle adore quand je la promène dans le trafic avec la capote ouverte ? » Il démarre et s’éloigne dans le rugissement des 300 chevaux. Je le suis du regard, le temps de le voir se placer dans le sillage d’un camion crachant des panaches de fumées de gasoil brûlé et s’engouffrer, cheveux au vent, entre les parois noires de suie du souterrain de la Défense.