05 septembre 2008
Le grand Léchant Mou
Le dimanche soir, j’ai toujours quelque réticences à me lover dans les bras de Morphée. Après tout, Morphée est un homme.
Je fais donc appel à la
chimie, sous la forme d’un hypnotique dont le nom commence par un thé,
continue par un met, et finis sur le tas. Ce soir-là, j'avale le cachet ovale et je vais me coucher. Je sais que j’en ai pour un gros
quart d’heure avant de m'endormir, alors juste avant la grande plongée je
remercie la demoiselle allongée à coté de moi sous le drap pour l'agréable journée avec déjeuner au soleil sur
une terrasse et la petite sieste sur l’herbe parmi les
piaillements des enfants bien élevés. Je remercie donc - je suis un garçon poli- et confirme par
un genre d’accolade, disons un blotissage et un bisou. La demoiselle sort
direct les dents qu’elle me plante dans la lèvre
inférieure, que j’ai heureusement dodue, puis dans le muscle de
l’épaule. Elle me tracte ainsi harponné de son coté du lit, telle une
bête qui rapporte en sa tanière une proie pas encore tout à faire
morte. La demoiselle n’est pas très difficile à comprendre dans ces
moments-là, et d’expérience je sais que quand ça démarre de cette façon
rien de sert de finasser. J’ai envie de toi, je te mords l’encolure, ça
t’excite, hein, salope, et crac ! Sauf que là, au lieu de crac suivi
d’autres onomatopées, on a plutôt un bruit de
porte rouillée... Mademoiselle a envie mais ça coince. Histoire de ne pas être venu pour rien je tente alors une
transformation d’essai viril avec la technique dite de la « tête de
chat », genre si la tête passe, le reste aussi… et rhaann. Nan. Passe pas.
Deuxième essai plus gentleman avec doigt mouillé inquisiteur et
tartinant. Rien. Reste donc à interpréter l’ouverture de la mer rouge
selon Memhoïse, et votre serviteur se glisse entre les cuisses de la Demoiselle. Caresse de ses lèvres du bas par les miennes du haut façon
pétale de rose, douceur, frôlements puis retour aux
ornementations, comme on dit dans la grande musique… Cela dure jusqu’à
ce que je sente que mademoiselle laisse échapper de vrais soupirs. Pas
ceux qui font plaisir au bavouilleur à l’oeuvre là en bas, non : ceux
qui partent sans le vouloir, en direct live, les vrais… Entre-temps j’ai décliné
tous les classiques, le sommet du clitoris que je fais tintinnabuler
comme une petite cloche à la volée de la pointe de la langue. La
base du clitoris, que j’enveloppe solennellement d’une langue-écharpe
chaude et douillette. Et puis les lèvres, que j’emprisonne et aspire
avec douceur et insistance, avant que de les relâcher doucement… et de
recommencer. Je fais mes gammes avec virtuosité et imagination, et
finis par me concentrer sur le roulé du clito, qui me vaut des mains
spasmodiques plantées dans les cheveux et des soupirs plus brefs et
plus aigus… Je poursuis, tenant de maintenir un rythme impeccable, dont
je suis bientôt récompensé en ayant la tête broyée entre deux cuisses
et balancée dans tous les sens, alors que ma langue tente vaillamment
de reprendre pied et de ne pas lâcher l’affaire… Elle y parvient, et en
guise de récompense je me reprends l’étau et le swing deux autres fois,
si bien qu’à la troisième fois, j’arrête, en douceur. La Demoiselle ne
bouge plus, moi non plus -j’ai mal à la mâchoire. Elle me dit entre
deux gémissements qu’elle a joui. Sans blague. Je la couvre avec la couette, lui
demande si ça va, elle me dit ohouioui, ohouiohoui… Alors je m'allonge sur le dos et un instant plus tard j’entends qu’elle dort du sommeil de la bûche. Et je me rappelle qu’initialement j’étais partis pour la baiser.
Et il parait que dans un couple, c'est la femme qui est frustrée...
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10 juillet 2008
Le sexe avec une ex, c'est exquis
(titre à lire à voix haute et à répéter cinq fois très vite)
Il
y a quelque chose de confortablement sensuel dans le fait de faire l’amour avec une femme qui fut jadis l'amante d’une
nuit. Ce point d’équilibre qui concilie le
meilleur des deux mondes, le souvenir suffisamment net des préférences
d’un corps que l’on a secoué d’intimes tremblements et cette distance dans le temps qui donne à ces caresses un appétissant parfum de
première fois.
Alors on répond à un appel dont on fait semblant de croire qu'il est équivoque. On entre dans ce grand appartement chic. On réalise qu’on se rappelle mieux
de l'appartement lui-même que du corps de sa propriétaire. On se souvient de son odeur,
de ses lumières, de la musique sur un i-pod. On est accueilli par la maîtresse de maison
comme un ami que l'on n'est pas. On constate qu’elle s’assoit au même endroit de ce grand canapé rouge,
dans la même attitude que lorsqu'elle avait proposé de montrer ses
seins, qu'elle savait remarquables.
Avec un sourire on lui demande de les montrer, comme un clin d'oeil lubrique. On prends son temps pour la caresser, la déshabiller, la lécher, on a cette
tranquille assurance d’un habitué et ce désir aiguisé de l'homme de la première fois. On se souvient qu’elle aime l’assurance et la virilité, alors on se la joue
Mitterrand période force tranquille. On utilise ses longs cheveux cuivrés comme des
draps et comme des rênes. On sent sa croupe se cambrer, on saisit l’invite
et on se glisse doucement entre ses fesses. On voit la sueur perler au creux
de ses reins, on s’étonne de la facilité avec laquelle il est possible
d’entrer dans son cul, on se retient de jouir. On se
complait dans cette caresse dépouillée de toute culpabilité judéo-chrétienne, et toute la nuit on la prend de cette façon-là.
Au matin, on se réveille le premier dans les senteurs musquées d’un lit
souillé de plaisir, la tête dans la ouate du
désir apaisé combiné à l'effet de la résine de cannabis. On se lève sans bruit, on pose le pied sur une latte de
plancher qui craque fort et sèchement. On grimace sous l’agression sonore. On retrouve la salle de bains, on pisse le plus discrètement possible (assis), on ouvre le robinet, l’eau jaillit dans un bruit de diesel marin qui
fait onduler les tuyaux du vieil immeuble et ruine instantanément nos efforts. On le referme et on serre les dents sous l’effet du couinement rouillé. La main
au front, on sort de la salle de bains, on ouvre la porte de l’office
qui grince avec un passage de l’aigu au
grave et un final sardonique... On grogne entre ses dents. On cherche dans les placards de quoi manger, au hasard. On s’assoit sur un tabouret.
Et on se retrouve avec dans l'assiette un Weetabix hirsute et brun.
30 mai 2008
Vertige de la page blanche
Je suis resté un
moment avant d'oser faire ce pas en avant.
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23 mai 2008
Rage
Tu me demanderas, pourquoi cette mauvaise colère ? Je te dirai que c’est peut-être pour de mauvaises raisons. Mais il y a ceci, qui m’a fait traverser la grande ville aux muscles d’acier rouillé comme un chien sombre grondant bas, donnant des coups de hanche comme des coups de pieds, le buste bien droit. Une lame. Tu me demanderas, qu’est-ce qui t’a rendu si tranchant pour que tu pourfendes ainsi les flots de métal brillant ? Je te répondrai qu’elle avait envie d'aimer un homme comme une rivière aime son rivage, doucement, en silence, sans rien demander. Elle m’avait dit juste se frôler, partager, se rassurer parfois, s'éloigner souvent, mais se savoir si proche. Je te dirai juste comment il a suffit de tourner un instant la tête pour s’apercevoir qu’elle n’était déjà plus là, que les flots s'étaient entrouverts pour l'entraîner loin, loin d'ici dans la grande ville de fer et de chaleur.
17 mai 2008
Travail au black
Ce soir-là, je l'ai invitée à venir dans les bureaux.
Elle a dit " Good to see you ".
Elle a parlé.
Elle a écouté.
Après un moment, elle est venue s’asseoir sur la moquette, devant moi, jambes croisées en tailleur. Elle a levé ses yeux aux cils interminables et a écouté sans rien dire.
Le temps a passé lentement, je la regardais tout en parlant, boule de caoutchouc dur posée sur le sol, petite balle de squash.
Elle a finit par dire « Gotta go. »
Elle s’est levée.
J’ai saisi ses hanches, je me suis agenouillé devant son ventre.
J’ai déboutonné son pantalon.
J’ai embrassé son nombril, son aine, sa peau.
J’ai glissé ma langue dans la fente de son sexe.
Elle s’est collé contre moi.
Elle a dit « I’m wet all over now ».
J’ai glissé mes doigts dans son sexe, par l’arrière de ses fesses.
Elle avait raison. Trempée.
J’ai fait aller et venir mes doigts en elle. Elle a fléchi sur ses jambes.
Elle a ôté son pantalon. Elle a ôté ma chemise.
Elle a tiré une chaise vers elle.
Elle s’est appuyée sur le bureau, a posé un genoux sur la chaise.
Ses cuisse tendaient vers moi le cul le plus parfait de la création… Musclé, nerveux, rebondi. Deux fruits prêts à fendre leur propre peau.
J’ai glissé mon sexe en elle lentement, pour qu’elle sente bien ses chairs s’écarter.
J’ai poussé mon sexe en elle.
Lentement.
Puis plus vite.
Puis très vite, et très loin en elle.
Mes mains ancrées à ses hanches.
Sa peau comme du satin noir sous mes doigts.
Elle a haleté un instant.
Elle a poussé un long et profond soupir.
Elle s’est retournée et s'est allongée sur le bureau.
Je me suis baissé à genoux, j’ai léché son clitoris gonflé.
Elle a ondulé son ventre d’avant en arrière.
Elle a saisi ma tête par les cheveux, m'a redressé avec détermination.
Elle attiré mon bassin entre ses cuisses.
Je me suis enfilé en elle, de nouveau doucement, de nouveau profondément.
Puis très vite, et très loin en elle, en tenant ses chevilles haut sur mes épaules.
Elle a crié cette fois-ci.
De la sueur perlant sur son ventre pantelant.
Je me suis posé sur la chaise en la tenant serrée dans mes bras.
Elle a pris un mouchoir dans son sac, elle a essuyé mon menton
« You’ve got my fluids all over your face »
Elle a levé son bassin. Elle l’a abaissé sur mon sexe. Haut. Bas. Haut. Bas.
Encore.
Elle m’a fait jouir.
Elle a coulé un regard vers la chaise maintenant trempée.
Elle a murmuré « If your visitors knew...»
09 mai 2008
Oreilles qui traînent
Il fait beau.
Dans ce petit bout de parc, les stagiaires de l’agence de pub d’à coté se retrouvent pour mastiquer ensemble leur sandwich à cinq euros et leur Coca Zéro tout en échangeant des considérations profondes sur la vie, la mort et la finale de la Nouvelle Star.
Il y a là un type à dreadlocks rouges portant treillis, Nike vintage et vieux clopo roulé à coté d'une jeune nana blonde à Converse, foulard et jeans’ griffé.
Lui : « Dis, heuu, Chloé, l’autocollant jaune que t’as sur le garde-boue de ton scoot’, là, c’est bien marqué AJV - Association des Jeunes Veneurs, hein ? »
Elle, soudain toute guillerette : « Ouiii, c’est ça !! »
Lui : « Et, heuuu, ça veut dire quoi, veneur ? »
Elle : « Et bien c’est celui qui pratique la vènerie. Tu sais, c’est la chasse à courre avec les chiens, les chevaux, la nature, tout ça, non, pas avec un fusil, c’est les chiens qui mangent l’animal, non, on dit pas un cor, on dit une trompe, enfin tu vois, c’est une tradition ancestrale tout ça tout ça… »
Elle s’arrête en pleine lancée. Le jeune type la regarde avec des yeux écarquillés.
Lui : « Ben… j’croyais trop qu’on avait une anarchiste à l’agence, j’étais super content, mais en fait non… »
Elle : « Ah bon ? Mais heu… pourquoi tu pensais ça ? »
Lui : « Bin au début j’avais lu Association des Jeunes Vénères. Et putain, j’trouvais ça trop pur comme idée... »
02 mai 2008
Zik ta mère
Quand il est arrivé, ce petit con de stagiaire, j’ai su tout de suite que j’allais l’avoir dans le pif.
Avec sa gueule estampillée école de commerce, son petit costard cintré Agnès B (« t’as vu, comme Dionysos ! » ) et son tatouage tribal-ethnique-ta-mère qu’il montrait aux pétasses de la compta, j’ai compris que ça allait pas être possible entre lui et moi. Et vas-y que je te déroule des chiffres. Et vas-y que je te parle en parts de marché. Et vas-y que je te calcule des rotations sur les chaînes musicales du câble et du satellite avec des camemberts en couleurs devant un big Boss aussi ravi que s’il était aux NRJ Music Awards avec un vibro planté dans le cul…
Mais le pire, c’est qu’en-dehors du temps qu’il passait à se rendre intéressant, il était toujours fourré dans mon bureau à me poser des questions sur comment c’était à mon époque. A mon époque ! Blaireau. Et vas-y que je te demande comment c’était de faire le roadie pour les Stones. Et vas-y que je te demande ce que ça faisait d’être en studio avec Freddie Mercury. Et vas-y que je te demande si j’avais connu Elvis Presley, « parce que c’était à peu près à la même époque, non ?… » Ouais, t’as raison p’tit gars. Même que c’était juste après la mort de Beethoven dans un crash d’avion au-dessus du Nouveau-Mexique… Blaireau !
Le pire, c’est que quand il me cassait pas les couilles il écoutait M Pokora sur son i-pod et qu’il te parlait du R’nB en pensant que ça avait été inventé par Rhyanna... Une buse, quoi. Non, pardon : « un échantillon représentatif du marché des jeunes ».
Il l'était d'ailleurs tellement, représentatif, qu’il a été embauché après son stage. Aux études. Un poste spécialement créé pour lui. Et je me le suis coltiné huit mois. Huit putain de mois à me demander comment j’allais le dézinguer ! Jusqu’au jour où il a déboulé dans mon bureau en me disant qu’il venait d’entendre « la version anglaise de Comme des connards de Mickaël Youn » et que ça lui avait donné une idée. Je l’ai regardé avec des yeux comme des soucoupes, avant de piger qu’il parlait de « My Sharona » de The Knack. C’était ça qu'il appelait « La version anglaise de Comme des connards » ?? Oh putain… Et il a continué : « Et ben tu sais quoi ? Si on faisait des reprises des tubes d’aujourd’hui par des vieux artistes ? Tu sais, un peu comme… comme de la musique vintage ! » J’ai fait une pause. Et puis j’ai sorti du tiroir la liste des meilleures ventes de disques de la semaine et j’ai embrayé en me mordant l’intérieur des joues : « Si je t'ai bien compris, tu voudrais… faire reprendre California Dreamin des… heu… des Royal Gigolos par The Mamas and the Papas, c'est ça ? Ou faire une reprise de The Lion sleeps tonight de Pat & Stanley par The Tokens ?" "Ouais, c'est ça. Enfin, avec des artistes connus, hein ?" "Comme, disons faire reprendre La Isla Bonita de... de Squeeze Up par Madonna ou Born to be alive des Disco Kings par Patrick Hernandez ? C’est bien ça ton idée ? » « Ouais, exactement ».
Oh, putain !! Je la tenais enfin, l'occasion de l’envoyer en aller-simple booster la carrière de Steeve Estatof… Je lui ai immédiatement pris un rendez-vous avec le big boss en lui suggérant aussi la reprise des plus gros succès de Chimène Badi par Carla Bruni et de Born to be Alive de Christophe Willem par Patrick Hernandez pendant qu'on y était ! Il est monté au huitième comme une fusée avec ses deux réservoirs de poudre au cul et j'ai savouré mon plaisir... Y’avait plus qu’à attendre qu’il redescende en version Columbia…
Et bien quand il est redescendu, il m’a dit que le big boss avait a-do-ré son idée. Il a eu le budget, il a sorti en un rien de temps une compil « Le top des hits par… », c’est passé chez Charly et Lulu sur M6 et deux semaines plus tard ça pétait tous les compteurs de vente. Mieux que les cinq Star Ac’ confondues ! Alors il a été promu directeur du label et moi j’ai été viré.
Heureusement, ils ont été cool chez Warner : ils ont bien voulu de moi pour s’occuper du come-back de Steeve Estatof…
18 avril 2008
A boue, deux souffles
Le bureau vibre, je sursaute.
Regard
sur l’écran du téléphone mobile, cet Hermès des temps modernes.
« Suis
dans mon bain. Tu viens me frotter le dos ? ».
Je
ne sais pas comment, mais en vingt minutes je suis en bas de chez elle.
Le code de la porte arrive
sur l'écran, et ces mots : « je me fais un masque ».
Grimace.
Il
m’est arrivé de lui dire comment s’habiller du talon à la racine des cheveux,
poupée Barbie de mes désirs de profanation, prélude à ce choc qui allait nous
laisser rompus, le corps imprégné du sexe de l’autre dans chaque repli de nos
peaux, sous chaque ongle, sur chaque pulpe de chaque doigt. Mais là, elle me
laisse perplexe. J’hésite même à monter.
Je
suis devant le pas de sa porte. Elle est entrouverte.
Je
pousse.
Mes pieds sur le tapis épais.
Sa voix me guide.
« Par
ici »
J’avance.
Un rectangle de clarté blanche dans la pénombre dorée de l’appartement.
« Entre !! »
Je.
Elle
est dans sa baignoire, dont les pattes de félin reposent bien à plat sur le
carrelage.
Ses
cheveux sont plaqués en arrière.
Ses
mains et ses bras sont gantés d’une boue grise-verte.
Ses
jambes elles aussi en sont enduites, des pieds jusqu’à la mi-cuisse.
Au-dessus,
elle a n’a qu’un petit rectangle court vêtu.
Je
vois le rose tendre de ses petits seins poudrés.
Gilda
de chair et de glaise, elle me regarde avec un sourire.
Je
m’assois sur le bord de faïence froide.
La
porcelaine de sa peau tranche sur la matière minérale dont elle est couverte.
Elle
est plus nue que je ne l’ai jamais vue.
Je
lui demande de se lever.
Elle
soulève un sourcil, elle s’exécute.
Je
lui demande de se tourner.
Du
doigt je trace une ligne qui part de la cheville, remonte tout droit au milieu
du mollet, du creux du genoux et enfin de la cuisse.
Je
fais de même sur l’autre jambe.
Je dessine deux
bas couture dans l'argile.
Je
me recule.
Je regarde, encore.
J’approche
mon visage du creux de ses reins…
Je mords.
Nous nous roulons dans la boue, nous enroulons debout.
Je la baise comme on saute dans les flaques.
Un plaisir d'enfant.
Sans remord ni honte.
05 avril 2008
Vase clos
Ce matin-là, elle m’avait envoyé un SMS : « Oups, la petite garce a oublié de mettre une culotte… »
Le message m’avait pris par surprise, au bureau. J’avais été saisi d’une bouffée d’images et de sensations contraires. Pendant quelques minutes, j’avais joué avec le téléphone, faisant disparaître puis réapparaître le message pour en contrôler le pouvoir érotique.
J’avais décidé de ne pas répondre.
Vers midi, le téléphone avait de nouveau vibré et j’avais pu lire « Mes bas contiennent difficilement mon désir, mes cuisses sont trempées ».
A midi trente je roulais vers elle, les images continuant à se heurter à l'intérieur de ma tête.
Elle m’attendait au bord du trottoir et par cette belle journée ensoleillée je vis qu’elle avait assorti sa tenue à son humeur : une jupe rouge, un cache-cœur rouge enserrant sa taille de plusieurs tours (« Pour empêcher de me déshabiller trop facilement, tu comprends ?... ») et une fausse queue de cheval rousse qui répondait au henné de ses cheveux et lui fouettait les reins.
Elle monta dans la voiture. La portière claqua et sans un mot, je mis le cap vers cet hôtel particulier qui accueillait si libéralement nos étreintes infidèle. Un quart d’heure plus tard la voiture descendait la rampe d’accès du parking souterrain voisin. Je coupai le contact.
Dans un silence de bêtes en chasse, nous nous attrapâmes violemment la bouche. Une morsure. Une envie de sang. Les mains agitées de spasmes. Corps. Peau. Sexe.
Elle était déjà à ma braguette, griffant le tissu comme un animal fouaille la terre. Bouton qui saute, mâchoires de métal sauvagement édentées.
Ma chair gonflée dans sa bouche. Entre ses lèvres. Sur sa langue. Tête renversée contre l’appuie-tête. Soupir comme un râle. Prendre son visage entre mes mains, guider ma queue vers sa gorge.
Entrouvrir les yeux. Chut ! Une femme qui approche. Collier de perles. Pull mohair. Sacs à provisions. Talons tap tap tap.
M’arracher à sa bouche. « Attend ! ». Remettre le contact, moteur qui gronde en écho entre les murs. Enclencher la marche arrière, première, coups de volant. Elle, poussée contre la portière, les yeux un peu fous, la jupe en haut des cuisses. Les pneus qui crissent sur le béton peint. Regard en éveil.
Là.
Une camionnette, le mur, et entre les deux un emplacement sombre. Il y a un dieu pour les amants…
Je manœuvre la voiture pour la tapir dans l’encoignure.
Je fis l'objet d'une attaque d’une violence inouïe.
Le dossier grince sous la poussée dc ce corps de cinquante-cinq kilos lancé sur moi.
Ne plus avoir assez de mains. De bouches. De muscles. Etre partout. Haleter sous l’ivresse. Ma main qui agrippe son cou, ma bouche qui boit à la sienne. Qui mange à sa chair. Ses doigts verrouillés à ma queue palpitante comme au seul point fixe de ce bateau en déroute qu'était devenu la voiture.
Entreprendre de la délivrer de son bustier comme si ma vie en dépendait. Un tour, deux tours, trois pour enfin libérer ses seins blancs fardés de rose. Lécher, sucer, les englober d’une bouche vorace et très vite se repaître de la douceur de sa chair intime parfaitement lisse, laper à l’orée de ses cuisses, résister à l’envie animale de mordre la chair si tendre, maintenir de mes mains ses hanches qui s’élancent à en faire craquer mon cou.
Jeter un œil, voir que les vitres sont déjà aveugles de la vapeur de nos deux corps chauffés à blanc.
Se contorsionner pour qu’elle ôte mon pantalon, tourner la molette du dossier qui bascule en arrière, elle est sur moi et j’oublie tout, tout sauf ma chair gonflée au fond de sa chair dilatée, tout sauf ses gémissements dans l’air raréfié, tout sauf mes dents dans son bras, ses griffes sur ma poitrine lacérée.
Je suis machine dans la machine, piston humain dans un univers mécanique, elle va jouir très vite, je plaque ma main sur sa bouche et endure sa morsure.
Elle s’arrache de l'axe de mon sexe, elle s’extirpe de sa jupe, j’ôte fébrilement les boutons de ma chemise pour me rendre compte qu’elle a l’air d’avoir été portée sous la douche, bordel à quoi je vais ressembler en rentrant au bureau, je vois la sueur qui coule entre ses seins dans cet habitacle transformé en étuve, je sens mon front qui ruisselle, elle se retourne, place son torse nu entre les deux sièges baquets et m’intime de venir en elle.
Je transfuge du coté passager, je glisse mon membre dans sa fente, elle dit « Non, encule-moi ! », nous sommes tellement mouillés et de tant de façons différentes que j’entre entre ses fesses sans rencontrer la moindre résistance, je vais et viens en elle en m’appuyant sur les appuie-tête, la voiture oscille sur ses roues, je vais desceller ses hanches de sa colonne vertébrale, encore, encore, encore et au moment où je jouis, elle implose au contact simultané de ma queue dans ses entrailles et des coutures du cuir fauve qui mordent sa peau, d’un cri qui fait sonner le métal noir.
Dehors, dans le silence froid du parking, des familles passent avec les courses du repas du soir dans le caddie.
Je m’extrait doucement, très doucement d’elle. Il n’y a pas un muscle qui ne me fasse pas mal. Je l’aide à se redresser, à s’asseoir enfin, elle est tétanisée. Les sièges sont glissants de stupre, nos visages sont noyés de sueur et de nos fluides, nos poumons happent les dernières molécules d’air vicié.
Hagards, incrédules, nous nous regardons avec encore une trace de folie dans les yeux. Ma main clique, entrouvre les vitres. De l’air.
Il va s’écouler de longues, de très longues minutes avant que nous ne puissions même bouger.
Ce jour-là, elle avait mis du rouge.
Et c’était vrai, elle n’avait pas mis de petite culotte.
05 janvier 2008
Call-girl
Ce jour-là, Aminah m'avait avoué qu'elle avait rencontré un homme séduisant sur le net. Il s'appelait Carl. Il était cadre, beau, yeux gris, sportif. Un peu idiot, avait-elle ajouté. Elle me l'avait caché comme si elle ne connaissait pas les règles qui nous liaient.
-
Elle lui avait écrit, puis téléphoné, elle avait fini par le rencontrer dans un café. Il avait trente-sept ans, il était marié, bientôt papa, la tête pleine de fantasmes. Normal.
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Aminah avait joué son rôle favori de Grande Tentatrice et lui avait mis les sens à l'envers. Depuis trois mois elle le tenait en ébullition et aujourd'hui elle se décidait à m'en parler. Elle me dit timidement que Carl lui plaisait, qu'elle aimait jouer avec lui et que maintenant la curiosité la taraudait. Elle me demanda ce que j'en pensais. Je lui dis qu'elle devait aller au bout de sa curiosité... et de celle de Carl.
-
Au moment où elle me racontait cela nous étions nus sur le lit. Je lui dis qu'elle devait appeler Carl maintenant. Elle sourit jusqu'aux oreilles et composa son numéro.
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Il était à son bureau. Elle se présenta à lui, je sentis presque la tension qui s'empara de son interlocuteur. Tout en lui parlant à mots feutrés, Aminah s'allongea sur le dos en écartant les jambes et j'entrepris de lécher son sexe. Elle restait concentrée à faire monter le désir de l'homme à l'autre bout du fil.
-
Tandis qu’elle lui décrivait son désir envers lui, j'appuyais un peu plus ma langue. Je me mis à aspirer tout doucement son clitoris entre mes lèvres, comme j’aurais tété un sein. Elle s'interrompit au milieu d'une phrase pour laisser échapper un soupir. Je perçus la voix interrogative de Carl. Alors elle lui dit qu'elle était avec moi et que j'avais ma tête entre ses cuisses.
-
J'entendis Carl prendre une posture vocale, du genre ha-ha-j-en-ai-vu-d'autres, et je souris.
-
Aminah avait maintenant une voix plus rauque tandis que j'appuyais mes caresses. J'avais écarté ses lèvres et maintenant j'alternais les succions avec une pénétration superficielle de la langue. Elle mouillait déjà d'abondance, la situation l'excitait. Elle lui disait "tu sais ce qu'il est en train de me faire ?" et elle lui disait. Elle gémissait maintenant de temps en temps et je me demandais comment Carl gérait la situation, assis derrière son bureau... Elle lui demandait de se caresser au téléphone, il bredouillait qu'il ne pouvait pas, qu'il n'était pas seul. Aminah fit mine d'être agacée par son manque de coopération alors que ma langue allait et venait généreusement entre sa vulve et son anus.
-
Je décidai finalement que Carl allait en avoir pour sa journée et retournai Aminah les fesses en l'air. Le portable alla valdinguer à l'autre bout du lit et Aminah dut ramper pour l'atteindre pendant que je me saisissais de ses hanches. Elle dit à Carl qu'elle voulait qu'il jouisse au téléphone et j’appuyai cette exigeance en pénétrant d’un coup en elle et en lui arrachant un cri. Je l’enfilai vigoureusement pendant qu'elle haletait de plus en plus fort à coté du téléphone qui gisait maintenant le ventre en l'air. Le plaisir d'Aminah montait en flèche.
-
Je saisis la ceinture en cuir de mon jean et la passai autour de son cou. Je serrai progressivement la ceinture tandis mes cuisses claquaient sur l’arrière des siennes. Plus je serrais la ceinture et plus Aminah jouissait. Ses cris résonnaient dans la chambre, c'était un rugissement, douleur et plaisir, plaisir et douleur. Puis une unique exclamation, longue, puissante, profonde. Elle s'effondra sur le lit.
-
Je lui relevai les cheveux sur la nuque. Je lui embrassai le lobe de l'oreille, je desserrai la ceinture. Elle avait une marque rouge au cou, on voyait la trace du passant. Elle se vit dans la glace en face de nous, elle rit comme une petite fille, elle était heureuse.
Elle reprit le téléphone. La ligne sonnait dans le vide...