Mes mots random...

Graphomanie, polygamie et tutti quanti...

28 décembre 2008

Ghost writer

J’aime ce moment crépusculaire où je m'installe devant l'ordinateur et où la lampe de bureau forme un dôme de lumière au milieu de la nuit.

Ce moment où la pénombre apaise la fébrilité de mon âme, estompe les rides de mes yeux fatigués et pose un voile rassurant sur ce que je suis.

J’aime ce moment et je le redoute.

Car maintenant je sais.

Je sais ce qui m’entoure quand je pense être seul à mon bureau.

Je sais à présent que mots invoqués, ces idées lancées comme par jeux, ces balles à faire rebondir pour amuser les enfants ne sont pas innocents.

Je sais qu'à ce clavier s’accrochent des traces de bonheurs révolus. Des peines. Des sourires.

Je sais à présent que de ces touches renaissent des visages disparus sur lesquels se gonfle la chair douce et veloutée. Que du cliquetis montent des voix jadis éteintes. Que ce sont des yeux vides qui reprennent regard, des mains qui se tendent à la recherche d’une joue, des lèvres qui happent avec gourmandise.

Je sais qu'autour de ce clavier, des histoires se rejouent encore et encore. Des valses de corps langoureux, des étreintes à la sortie des hôtels, des frôlements de doigts, des ivresses, des abandons.

Autour de ce clavier des cris sont clamés, des voix sont brisées, des chuchotis esquissés.

Autour de ce clavier s’enroulent des vies, des vies enfouies, des vies enfuies.

Autour de ce clavier tournoient des fantômes.

Des fantômes qui ne veulent plus retourner à leur oubli.

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25 décembre 2008

Trêve

Je me demande parfois combien de fils ont, comme moi, engagé un jour un enquêteur privé pour retrouver leur père...
Ce père perdu de vue pendant onze ans qui boit son double whisky en face de moi, et qui titille le serveur qui n'arrive pas à apporter une seule commande sans se tromper.
Mon père mange d'ailleurs de l'autruche pour la première fois en croyant que c'est du boeuf.
Je souris.
Nous parlons crise financière internationale, élection d'Obama, politique intérieure française. Je lui explique les subprimes.
Nous discutons agréablement et je me dis qu'il n'avait pas besoin d'un enfant mais d'un adulte.
Je ne sais pas comment le sujet arrive sur la table, en même temps que le vin qui aurait dû être un Pauillac et qui ne l'est pas.
Cette chose dure de la taille d'une petite olive découverte sur un de mes os, un matin froid.
Les hésitations des médecins, les examens sans fin dans des hôpitaux aux noms préoccupants.
La maladie censée me laisser quatre à six mois de vie alors que je n'avais pas vingt ans.
Et ce père que j'ai toujours connu si distant, si étranger à toute marque d'affection qui me confie qu'à cette période là, il lui arrivait d'arrêter sa voiture au bord de la route pour pleurer, seul.
Le serveur arrive avec une assiette de fromages au lieu du dessert demandé.
Je ne dis plus rien. Finalement le fromage ira.

Quelquefois les arbres poussent à l'envers.
Le feuillage d'automne en bas et les racines en l'air.

Joyeux Noël.

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19 décembre 2008

Crues

Les méandres du désir sont mystérieux.

Un ruisseau souterrain qui serpente sous la peau et enfle sans prévenir.

Un « je t’embrasse » envoyé et presque rien en retour. Un sourire, une ivresse.

Les méandres du désir sont mystérieux.

Ils te prennent à la lisière du sommeil, main en écrin autour de ton bas-ventre, dans ce moment interlope où concupiscence et inconscience deviennent noeud de vipères qui convulsent et tétanisent.

Ils te prennent quand les images floues s'incarnent derrière les paupières closes, quand les appels inavouables s’infiltrent entre tes lèvres disjointes, quand les ondes de chaleur palpitent dans le cerveau limbique en lascives circonvolutions.

C’est le carrousel noir des couleurs chaudes, des soupirs muets, des abandons désincarnés.

C'est le  désir qui ne connaît pas son nom, qui ignore encore qu’il est désir. C’est un ressac lourd, un corps tourmenté.

C’est la chair qui se réveille enfin, induration brulante sous un corps moite, éveil dans sa gangue d’envie.

C’est la torture douce de l’appétit, la convulsion lente, la combustion qui s’entretient maintenant d’elle-même.

C’est le souvenir qui fait la pute avec l’imaginaire, qui enfante dans d’impudiques caresses une étreinte moite, languide et savoureuse, une peau qui forme grain sous la paume, une nuque humide qui ploie sous la poigne, des cuisses qui s’entrouvrent sous l’envie.

C’est sa propre main qui retourne vers son sexe bandé, ce sont les doigts qui s’enroulent autour du gland palpitant, qui glissent et caressent en cherchant les replis et les creux, qui remontent aux narines poissés de l’odeur de désir, de chair.

C’est le cercle vicieux, l’appel au sexe nourri par le sexe, l’appel au sexe de l’autre par le sexe de soi, l’envie qui se boucle et se projette, l’idée du corps de l’autre avivée par l'inavouable parfum, c’est l'homme en bête affolée de son propre sang, c’est le musc impudique dont on maculerait le corps de l’autre, once par once de sa peau convoitée.

C’est le plaisir qui vient comme une délivrance et une souffrance, les reins qui se creusent et se cassent, l’esprit qui jouit en un maëlstrom pervers, le corps d'elle qui se déverse dans chaque pore comme du plomb fondu dans les plaies.

C’est le silence comme un drap froid, le cœur qui ralentit, le souffle qui s’extirpe de la bouche, l’entrejambe moite, le repos enfin, l’apaisement… le sommeil.

Les méandres du désir sont mystérieux.

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15 décembre 2008

Bulle(s)

Elle m’avait assuré qu’elle serait à l’heure. J’avais donc emporté un livre.

A cette heure-ci, le bar de cet hôtel chic était bondé comme  à son habitude. Au-dehors les gueux et les humbles, à l'intérieur les high profile en afterwork.

Je m’étais assis sous le tableau d’un petit maître Hollandais, dans un fauteuil en cuir chocolat.

La musique était forte mais j’avais repris le roman de Siri Hustvedt là où je l’avais laissé quelques semaines auparavant. Le contraste entre le brouhaha ambiant et l’atmosphère subtilement étrange de cette bourgade du middle-west américain était étourdissant.

A la table d’à coté, trois jeunes femmes probablement Libanaises papotaient en me jetant des coups d’œil. L’une avait des cahiers de classe dans une musette griffée et je suis dit qu’on n’avait pas été étudiants de la même manière.

Je m'étais retourné pour faire signe à la serveuse, une grande blonde fine et efficace en pull à col roulé noir. J'avais remarqué le dos de la femme assise derrière moi et ses jambes croisées en amazone, gainées d'un collant à motif panthère. J'avais souri de telle façon que l'homme qui lui faisait face ne puisse pas savoir si mon sourire était du lard ou du cochon.

J’avais demandé une coupe de champagne, et à la fin de chaque paragraphe je regardais la condensation sur le verre s’évaporer et les bulles devenir plus fines.

De temps en temps elle m’envoyait un sms ou elle m'appelait. Je suivais sa progression dans Paris, laissant quand même échapper une exclamation à l'annonce de l'endroit où le chauffeur de taxi l’avait déposée. J’avais gardé un silence diplomatique en entendant la promesse qu’elle serait ici dans un quart d’heure et j’avais commandé une deuxième coupe avant de reprendre mon livre et de m’installer plus confortablement.

Les jeunes femmes à ma droite furent remplacées par d’autres, vite rejointes par des hommes arborant des barbes de trois jours. L’une d'entre elles se faisait bécoter tout en n’oubliant jamais de regarder chaque message sur son Blackberry et d’y répondre. Le rétro-éclairage blanc de l’appareil faisait une tache laiteuse dans le bar où l’on avait baissé la lumière et monté la musique. Plus loin, un groupe d'Américains aboyait de rire à intervalles réguliers.

Siri Hustvedt m’était précieuse. Alliée au champagne, elle me permettait de faire face sans broncher. De temps en temps je pensais sentir son arrivée et je me trompais à chaque fois. Puis mon téléphone forma son nom et je vis en me retournant qu’elle était là et qu'elle me cherchait. Elle avait marché plus d’une heure en robe et en talons dans l’air froid. Petit soldat courageux, elle ne laissait paraître aucune trace de douleur. Une coupe de champagne l’attendait, nous avons bu. Je l’ai rassurée.

Je l’ai laissée m’observer tandis que j’en faisais autant. J’ai raconté le livre que je lisais. Nous avons recommandé à boire, Margarita pour moi et Kir au Champagne pour elle.

Nous avons discuté, sachant parfaitement où poser le doigt, où fixer les yeux, où insister de la voix. Nous avons parlé de nos blessures récentes ou anciennes, de ce que nous racontons généralement aux autres après des mois d’apprivoisement mais que nous connaissions déjà.

Nous avons commandé une autre tournée de Margarita et de Kir Champagne. Nous nous sommes offert des histoires, des pensées, des confessions. Nous avons écouté, deviné, compris, nous avons oublié de juger. Nous avons fini nos verres et en avons commandé encore d’autres. Nous avons constaté la complicité, la confiance. Nous avons constaté le plaisir.

La quatrième Margarita a explosé dans mon sang comme une bombe à fragmentation miniature. Je me suis interrompu au milieu d’une phrase, ai posé mon verre à Martini et ai décrété ne plus vouloir y toucher. Elle-même a fait remarquer qu’il était très tard. J’ai appelé la serveuse fine et efficace et c’est en composant mon code sur le terminal de carte bleue que j’ai réalisé que nous avions vraiment beaucoup bu.

Nous avons marché dans le froid jusqu’à la voiture et nous sommes partis dans Paris. Comment j'arrivai à destination reste un petit mystère... J'ai stoppé devant son immeuble en laissant les phares et le contact allumés, j’ai tourné la tête vers elle au moment où elle en faisait autant et nos lèvres se sont embrassées dans un mouvement sans hésitation, sans hâte ni voracité non plus. Elle m’a dit qu’elle avait passé une bonne soirée, j’ai dit la même chose. Elle est sortie de la voiture pour aller rejoindre l’homme dans son lit qui lui ferait l’amour, j’ai engagé la boîte sur « drive » pour rejoindre la femme qui dort dans mon lit et qui ne me le fait pas.

J’ai enfoncé la pédale d’accélération, la voiture a filé sur les boulevards, il allait maintenant falloir trouver une place de stationnement, puis se souvenir du code de la porte cochère, puis réussir à se déshabiller… Et le lendemain être en réunion à 9 heures, pas réellement dégrisé.

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09 décembre 2008

Vous...

Au départ, c'est une envie d'enveloppement. L'envie de prendre votre bouche avec voracité, avec gourmandise, avec excès. De prendre vos lèvres entre les miennes, d'aspirer doucement votre langue, petit cannibalisme érotique, de vous faire entrer un petit peu en moi... C'est aussi une envie d'être derrière vous et de sentir tout votre corps contre le mien, de vous ressentir avec chaque parcelle de ma peau. L'envie de sentir vos reins se cambrer contre mon ventre, une envie de caler mon sexe entre vos fesses, de sentir cette chair rebondie encore plus brûlante contre la mienne... C'est l'envie de vous appréhender dans toute votre réalité charnelle, de m'assurer que vous êtes totalement là. Une fois cette réalité ressentie, mesurée, contentée, c'est l'envie de me laisser aller au plaisir de votre chaleur. Envie de fureter, de vous humer, d'ajouter d'autres sensations douces et fragiles et perverses à celle de votre peau. Le moment où la peau devient la chair. Où la gourmandise de vous prend le dessus. Où j'ai envie de vous lécher, où les odeurs secrètes de votre corps sont les plus délicieuses... L'instant où le ruissellement de votre désir m'enivre, me fascine, où j'aimerais vous boire autant que vous dévorer... Le moment où j'aimerais pouvoir plonger en vous, avoir dix mains, cent bouches, où le désir de vous pénétrer me fait l'envie que vous ayez d'autres orifices encore, où le désir s'impose totalement, envahit mon esprit et mon corps, où la fusion des corps crée celle des âmes, où il n'y a plus rien que mon sexe nu en vous, la délicieuse brûlure de votre intime, les coups de reins comme des décharges, ne plus savoir ce qui est mieux du mouvement ou de l'empalement, la modulation de votre plaisir, votre abandon, et enfin le doux poids de ton corps, ta respiration dans mon cou, ce moment où plus rien n'existe que toi et moi, que toi en moi...

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04 décembre 2008

Song 2

Hop Hop Hop

Monter les marches deux à deux pour se réchauffer mais ne pas être essoufflé en arrivant

Taper à la porte parce ce qu’on sait que la sonnette ne marche pas

Être invité à entrer, observer qu’elle ne porte pas grand-chose sous une petite robe courte, pieds nus, jambes nues et en haut des jambes on ne sait pas…

L’embrasser légèrement, échanger des taquineries, se voir offrir une pistache au chocolat

Mieux encore que dans la chambre je t'aime dans la cuisine

S’approcher d’elle au milieu d’une phrase, effleurer gentiment sa bouche, la butiner doucement, passer mes mains autour de ses hanches, l’attirer, prendre possession de ses lèvres, attiser le baiser

Est-ce pour ta tarte ou ta pomme que je me lèche les babines ?

Faire glisser les mains sur ses fesses par-dessus le tissu, recevoir l’invite à la langue, fureter une main sous la robe, rencontrer une lingerie dont la présence est presque incongrue

Allez roule-moi, roule-moi la pâte, ça me plaît, ça m'émeut

Glisser la main entre ses cuisses, effleurer d’un doigt le clitoris, dégager mon sexe de sa braguette à boutons, guider sa main vers la chair gonflée, la sentir me branler pendant que mon doigt roule sur son bouton, dévorer à présent sa bouche

Oh! c'est pas de la tarte, la pâtisserie! Non, c'est pas du tout cuit

Se retrouver corps emboîtés contre le plan de travail puis dessus, entendre comme au loin le fracas du pot à ustensiles qui se renverse, sa main qui me guide en elle, les miennes qui relèvent ses jambes, son dos qui s'appuie contre les plaques électriques

Rien n’est plus beau que les seins d’une femme quand on la pine 

Se demander dans un flash si un thermostat n’a pas été enclenché, ne pas les voir dans le désordre de ses cheveux et puis merde, reins qui pistonnent mon sexe en elle, chocs contre le mur mitoyen et les voisins Chinois qui doivent se demander ce qui se passe

Rien n’est plus beau que l’émoi d’une femme quand on la lime

Oh le plaisir de voir ma queue glisser en elle, luisante et régulière, droite et besogneuse, ses petits cris, ses cuisses relevées haut, les ondes de chaleur dans tout le corps, le pantalon tombé sur les jambes, les cris doux encore, mes halètements, mes hahanements, la poêle qui tombe avec un grand bruit dans l’évier et puis le plaisir qui vient en elle, et puis ses soupirs, et puis les mouvements de reins plus lents, plus longs, plus doux…

A te voir ainsi je retrouve mon âme enfantine

Et puis le silence, et puis la douceur, et puis l'apaisement...

Rien n'est plus beau que les yeux d'une femme dans la cuisine.


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28 novembre 2008

Exhibition

J'ai connu les boîtes échangistes.
J'ai connu les hôtels où l'on loue les chambres à l'heure.
J'ai connu les sex-shops, les peep-shows, les cinémas pornos.
J'ai connu les allées du bois de Boulogne.
J'ai connu presque tous les lieux obscurs, les temples érigés au plaisir masculin.
J'ai connu tous ces lieux. Tous, sauf peut-être les bordels.
J'ai connu tout cela, mais rien, rien vraiment n'égalera le pouvoir érotique de ce lieu si particulier...

Le musée.

Rien n'égalera ni même n'approchera ces grandes salles aux murs blancs où les profils se détachent si parfaitement. Ce silence d'église, à peine troublé de quelques chuchotements.

Les femmes dans les musées sont belles, avec un regard perdu en contemplation. Leurs tenues sont étudiées et leurs couleurs s'assortissent avec grâce et parfois hardiesse. Elles sont souvent minces, graciles, leurs pas sont légers. Quand elles ne sont pas jeunes, elles ont gardé quelque chose de profondément élégant, un regard clair, une allure. Une intelligence.

Les femmes dans les musées ont l'air vulnérable. Absorbées par la contemplation des oeuvres, elles oublient d'être sur leurs gardes. Les femmes dans les musées ne prennent pas de pose, leur visage est légèrement penché, légèrement levé. Leurs yeux sont ailleurs. Leur corps est en équilibre instable et parfois elles vacillent légèrement. Les femmes dans les musées oublient un instant qu'elles sont des femmes pour être de simples esprits.

Les femmes dans les musées se laissent observer. Elles se perdent dans les installations, elles passent devant vous qui regardez un Pollock. Vous les regardez et elle se laissent faire. Dans un musée, tout le monde regarde. Les femmes dans les musées semblent presque atteignables.

Les femmes dans les musées vous frôlent quand elles passent près de vous, laissant un discret sillage de parfum ou juste une caresse d'air. Parfois elles sont perdues en elles-mêmes et l'on dirait qu'elles viennent de faire l'amour. Vous croisez leur regard et il reste vaporeux un instant. Les femmes sont rêveuses dans les musées.

Parfois vous les retrouvez à la boutique et vous échangez un sourire avec elles au-dessus des catalogues de l'exposition. Parfois elles vous regardent partir et vous saisissez leur regard par-dessus votre épaule.

Et puis vous passez la porte.

Et vous les oubliez, en tant qu'individus. Ne reste plus alors que cette vague impression, cette troublante et délicate séduction des femmes dans les musées.

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20 novembre 2008

Tu parles, Charles

Je ne sais pas pourquoi je me souviens de Prague, à la sortie de son hiver rouge.

Je me rappelle qu'on entrait dans la ville en passant devant une centrale électrique dont on entendait bourdonner les isolateurs à plusieurs centaines de mètres de distance. Il fallait franchir un horizon bleu sale de barres HLM pour trouver le Musée Mucha, les pavés irréguliers, les escaliers romanesques et les bâtisses baroques.

C'étaient les premiers jours du printemps et les ruelles se bordaient de cafés tout juste inventés d'où s'échappaient  indistinctement Modern Talking et Motorhead poussés à un volume déraisonnable. Nous avions pris un verre dans un pub nommé Beton sans parvenir à échanger plus de deux phrases audibles.

Les premiers t-shirts souvenirs pendaient aux fenêtres, des punks Allemands étaient assis par terre avec des des chiens-loups et des bouteilles de mauvais vin rouge qu'ils vomissaient parfois.

La nuit, les ombres s'allongeaient jusqu'à toucher l'âme de Murnau, les murs renvoyaient la lumière jaune des lampes Art Déco et les pas résonnaient des échos pas encore si lointains de la Statni Bezpecnost.

Jitka m'avait emmené dans cette disco installée sous le pont Charles où les Américains faisaient leur Spring Break dans la vieille Europe en ayant l'impression d'entrer dans l'histoire, alors qu'ils n'entraient que dans des putes payées en dollars. Les mecs sentaient la Pilsener Urquell et les filles sentaient la Pilsener Urquell et

Un autre soir, nous étions allés dans ces Bains Municipaux transformés en une gigantesque boîte de nuit où l'on dansait sur de la techno avec de l'eau jusqu'à la taille. Même les seins humides des filles sous les faux t-shirts Versace n'avaient pas réussi à me distraire. L. me manquait, toujours.

Jitka m'avait expliqué que si l'on traversait le pont Charles sans se retourner et qu'on faisait un voeu, il s'exauçait.  Giorgio de Beverly Hills. J'étais sorti prendre l'air. J'avais regardé l'eau noire de la Vtlava tourbillonner en contrebas contre les piles du pont, je m'étais demandé combien d'Américains ivres allaient y tomber cette nuit et ne jamais reparaître.

J'avais traversé en regardant fixement devant moi.

C'était sans doute pas le jour pour être superstitieux.C-

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17 novembre 2008

Mécanique des corps caverneux

On est sans y penser dans cette posture au creux du lit chaud.
Allongé sur le ventre, bras ramenés sous l'oreiller, une jambe tendue et l'autre repliée en compas.
Il faut sentir l'air circulant doucement sous la couette dans un souffle tiède.
Il faut ressentir le poids du corps qui écrase légèrement le pénis.
Il faut comprendre la géométrie du corps construit comme autour d'une rotule, la capacité de basculer d'avant en arrière, de pivoter autour des articulations.
Il faut imaginer le pénis pris entre la cuisse et le matelas, petit cylindre creux roulant dans sa housse distendue.
Il faut se représenter le tango des hanches, en fait le bercement d'avant le sommeil.
La cuisse qui roule le pénis contre elle comme une Cubaine le ferait d'un cigare.
Le gonflement sous le mouvement et la chaleur, chair excitée de sa propre chair.
Il faut imaginer les ondes de plaisir qui remontent vers le ventre.
Le roulement du bassin qui s'accentue et devient plus lourd alors que le pénis est devenu plus gros, plus long, plus épais.
Les reins qui se creusent dans un balancement arrière et avant.
Le corps en pilotage automatique, loop sensuelle, balancement hypnosé.
Et l'esprit pris de vitesse par le corps qui se figure une peau.
Une nuance chaude et un grain.
L'odeur de la peau, peut-être.
Mais le grain, oui. Et la chaleur.
La douceur et le grain qui se fusionnent à la chaleur de la cuisse.
La sensation du pénis gonflé, malaxé tendrement, qui se fond à la peau désirée.
La centrale du corps en fonctionnement, pôle (+) et pôle (-) en tension érotique.
Le balancement va cesser.
L'envie de la peau va rester.
Le grain.
La nuance.

La chaleur.

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13 novembre 2008

Last waltz (enfin une note de cul)

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Je la regarde et j’ai le souffle coupé.

C'est pourtant un temps de respiration profonde, un temps pour dénouer les muscles, désaccorder les souffles. Laisser s'évaporer la sueur sur la peau. Manger.

Elle est Africaine, son corps est sculpture.

C’est une déesse qui est allongée nue sur le ventre, devant moi.
 
La lumière de vingt-cinq bougies coule sur sa peau.

« Je suis belle, ô mortels, et les hommes baissent les yeux devant mon corps de lumière noire. »

C’est un temps de respiration et j’effleure son dos de ma bouche.

J’enveloppe ses épaules déliées de mes mains. Je longe sa taille, ses hanches étroites. Je saisis ses cuisses puissantes. Je laisse glisser un souffle chaud sur ses fesses dures et charnues. 

Ma bouche au creux de ses reins, à l’orée de ses fesses.

C’est un temps de respiration et je m’accroupis derrière elle.

Ma langue balaye d’un seul élan son sexe et son anus. Une fois. Puis deux fois. Et trois fois. Maintenant ses reins se tendent. Encore. Je continue, gourmand de ses fluides, de ses chairs intimes et délicates.

Elle glisse sa main sous sa vulve, caresse son clitoris. Ma langue continue à la lécher largement. Je suce ses doigts au passage, j’insiste entre ses fesses.

Elle gémit. Elle se cambre. Elle écarte ses grandes lèvres de ses doigts. Ma langue la fouille, ressort, replonge en elle.

Lancé dans un mouvement perpétuel éperdu je la lèche à haleine perdue, elle geint en flot continu, en crescendo à chaque coup de langue.

Ma queue glisse maintenant entre ses fesses luisantes. Elle pousse vers moi. Je m’enfonce en elle. Tout droit. Sa voix à la fois dans les graves et les aigus. Je ressors, je replonge de ma langue entre ses fesses. Une fois. Deux fois. Trois fois. Je le pénètre de nouveau. Puis m'extirpe. Sa tête ballotte dans tous les sens, ses épaules roulent sous la lumière vacillante.

Je la lèche encore. Et encore j’entre profondément dans ses entrailles, pour de bon. Mes reins brûlent, mes cuisses cuisent, elle feule, elle scande mon prénom my love my love my love oh my love my love my love fuck me fuck me fuck me fuck fuck fuck fuck fuck !! elle crie elle hoquète oh my God OH my GOD !!!! …

Les larmes jaillissent à ce moment-là, comme une digue qui crève.

Elle retombe sur le lit.

“Oh my God...”

Elle cache sa tête dans mon épaule.

Je la serre contre moi. Je caresse sa joue de petite fille.

Elle regarde au ciel, sa poitrine se soulève par spasmes, son ventre palpite encore.

Elle pleure. Deux grosses larmes sous ses longs cils.

Tant de choses libérées en un instant.

La joie. Et la peur de tout perdre. Mêlées elles aussi.

Je la serre contre moi, j’embrasse ses paupières mouillées, tout doucement.

Je ne peux rien faire d’autre.

Rien d’autre que de lui donner de la tendresse.

C’est tout.

Bientôt elle sera repartie. C'était la dernière fois.

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Posté par memorandhomme à 16:00 - Eros - Commentaires [26] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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