Mes mots random...

Graphomanie, polygamie et tutti quanti...

17 janvier 2009

Mens-moi fort

Je n'oublierai jamais ce moment où, me retirant d'elle après que nous ayons joui ensemble, j'avais trouvé un morceau de latex collé sur le bout de ma verge.

Je n'avais rien dit. Je l'avais prise dans mes bras comme je le faisais ordinairement, je l'avais laissée me parler comme elle le faisait toujours. J'avais écouté, souris, j'avais regardé les photos qu'elle me montrait et dont elle était fière. En tenant le bout de préservatif entre mes doigts.

Puis je lui avais montré.

L'explication qu'elle avait trouvée pour justifier la présence de ce lambeau oublié au fond d'elle avait été abracadabrantesque mais elle l'avait élaborée en quelques instants, prenant juste un petit temps de création, celui d'un préambule, "j'ai honte de vous en dire la raison".

Je connaissais bien la manoeuvre, mes plus gros mensonges avaient toujours commencé par "Tu ne vas jamais me croire..." ; comme cette fois où une femme m'avait demandé pourquoi le moteur de recherche de mon ordinateur affichait "hôtel pour couples illégitimes" quand elle commençait à taper "hôtel pour week-end en amoureux"...

En rougissant incroyablement elle avait brodé une petite merveille de mensonge, réussissant à la fois à me faire culpabiliser et à détourner ma suspicion, un peu. Intérieurement j'avais applaudi l'artiste.

Mais plus que tout, j'avais admiré la femme, l'amoureuse.

Celle qui m'avait prévenu depuis des mois qu'elle ne se satisfaisait plus de notre vie en pointillés, celle qui me disait que je laissais beaucoup trop de place aux autres hommes et qui finalement, confrontée à cette révélation incroyablement triviale, faiblissait.

Je ne l'ai pas moins aimée pour autant.

La douleur de l'imaginer en train de jouir d'un autre corps que le mien s'effaçait doucement face à ce choix de ne pas me faire souffrir, face à ce souci de me protéger - dans tous les sens du terme.

Face également à cette preuve d'amour supplémentaire de la part de celle qui, avant moi, n'avait jamais pris la peine de mentir aux hommes à qui elle était infidèle...

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13 janvier 2009

Memorandombres...

Il est quatorze heures trente et il devrait y avoir de la lumière.

 

Au lieu de cela il y a cette lampe allumée sur la table de nuit et dans cet appartement habituellement clair, des zones d'obscurité qui ont pris leurs aises.


Dans le coin du canapé, au-dessus de l’accoudoir. Entre la commode et le valet de monsieur, à l’angle de la bibliothèque et de la porte du salon. Et là encore, derrière les enceintes de la hi-fi. Des voiles d'un gris un peu sale, comme de la fumée de cigarette ou des toiles d’araignée.

 

Il est quinze heures et le clocher de l’église sonne quinze.

 

Alors on s’approche du coin du canapé, de la commode et du valet de monsieur. On s’avance vers l’angle de la bibliothèque. On affronte l’entrée du salon et on voit que l'ampoule électrique écarte bien les zones de gris. Comme la lampe de chevet et son abat-jour à nid d'abeilles. Comme la télévision allumée.

 

Mais l'ampoule électrique s’éteint, comme la lampe de chevet. Comme l'écran de télévision.

 

Il est quinze heures trente et la lumière qui sourd par la fenêtre est couleur de toile d’araignée. Couleur de fumée. Les lampes sont toujours allumées, ici, là, et là aussi. Comme les promesses d'un futur incertain.

 

Il est quinze heures trente et le clocher de l’église sonne et je ne compte plus.

 

Les ombres s’allongent et s’étirent sur les murs. Prennent leurs aises. S’installent.

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Il est vingt heures. Il devrait y avoir de la lumière.

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Posté par memorandhomme à 15:15 - Dans ma peau - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 janvier 2009

Une couleur

Pourpre.

Le velours de théâtre des fauteuils aux boiseries dorées flambait dans la lumière de l’après-midi. Elle a pris mon poignet et ma main a été comme un pendule dans la sienne. L'heure a tourné de plus en plus vite et des années se sont écoulées, les ombres se sont allongées sur la table basse et les passants, les serveurs n’ont plus été que des formes grises. J’ai vu défiler les secondes, les minutes, les heures, je me suis demandé combien de temps il fallait observer avant d’agir. J’ai saisi le bout de ses doigts et les ai tenus comme des élytres de scarabée jusqu’à ce qu’elle les abandonne entre les miens. J’ai touché la couleur de sang séché sur ses ongles et son corps s’est débattu. Je lui ai dit que ça n’avait pas d’importance. J’ai parlé doucement car son visage pouvait s’effacer en un souffle. J’ai effleuré ses doigts, j'ai tracé le contour de chaque phalange, j'ai caressé la pulpe tendre de son index, de son majeur, de son annulaire. J’ai senti la chaleur qui avait fui sa main revenir dans ses veines. Elle a attrapé mes doigts à son tour, elle les a caressés avec une douceur attentive, bouche entrouverte, souffle retenu. Elle m’a demandé ce que nous faisions. Je n’ai rien répondu. Nos doigts se sont enlacés sous nos regards croisés, elle a regardé mes yeux sans ciller, je me suis penché vers son cou, j’ai respiré l’odeur de sa peau. A l’abri de ses cheveux j’ai frôlé sa joue. Elle a sursauté doucement, j’ai éloigné mon visage en effleurant la commissure de ses lèvres. Nos bouches se sont rapprochées avec lenteur, nos lèvres se sont touchées avec une patiente curiosité, troublées de leur familiarité.

Naturellement le monde a cessé d’exister.

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Posté par memorandhomme à 12:12 - Eros - Commentaires [32] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

02 janvier 2009

Sous le volcan

Dans ce salon avec cheminée qui flambe, la liste des professions des uns et des autres pourrait faire office de liste des membres du Rotary Club. Il y a là des médecins, des avocats, des chefs d'entreprises, des banquiers et même deux multi-millionnaires. Les enfants cools et souriants semblent sortir d'un dessin de Norman Rockell, Nintendo DS et Messenger en plus. Ca pourrait sentir les vins trop vieux et la nourriture trop riche, les femmes pourraient être emperlouzées et les hommes un peu gras. ll pourrait y avoir le Figaro Magazine sous la table du salon et ça pourrait parler des dernières prises de position de Laurence Parizot. Et je pourrais en ricaner, sauf qu'au lieu de ça tout le monde s'amuse vraiment et que moi aussi je suis sur la photo. Je suis assis sur l'accoudoir d'un des canapés en costume Dolce & Gabbana noir, cravate Thierry Mugler, chemise Pink  blanche à poignets mousquetaires et chaussures Testoni. Je souris parce que le maître de maison est en train de faire le pitre en présentant les amis de longue date aux nouveaux venus et que tout le monde rit aux éclats. Le champagne ne provient pas d'une grande maison au nom ronflant, il est juste très bon. Tout à l'heure les hommes se coupaient les mains en ouvrant les bourriches d'huîtres apportées de Bretagne, et celui-là dont le métier est d'acheter des banques mitonnait avec amour l'agneau de sept heures que l'on dégustera tout à l'heure. Un panoramique sur l'assistance permet de se rendre compte que les origines ethniques des uns et des autres couvrent toutes les parties du globe, de l'Asie aux deux Amériques et de l'Europe à l'Afrique. Les femmes ont des métiers à responsabilités et elles sont souvent jolies. Les hommes ne sont pas encore ventripotents et pas prétentieux pour deux sous, car personne ici n'est né favorisé. Pas de noms de grandes familles, pas de rente de situation. Dans ce groupe d'amis, on a perdu de l'argent en 2008. Parfois beaucoup. Mais on n'a pas perdu son sens de l'humour et dans les yeux il y a le plaisir manifeste d'être ensemble. Plus tard dans la soirée tout le monde massacrera des chansons en karaoké et dansera sur Laurent Garnier et Layo, les Ting Tings et Gabriella Cimli. Encore plus tard, la longue expert-comptable dont le mari est monté se coucher viendra planter ses yeux dans les miens et ondulera sur la musique en rivant ses fesses à mon pubis. Vers l'aube, la psychiatre sportive exigera que je la fasse danser en me glissant à l'oreille qu'elle n'a jamais mangé aucun homme, et l'intonation de sa voix me laissera penser qu'à défaut elle a dû en goûter un certain nombre... Le lendemain la grande maison retentira des rires des enfants autour de la table du brunch. Les patrons de société manieront le balai avec ardeur pour évacuer les kilos de cotillons tandis que l'avocat et le cardiologue démonteront la sono et les éclairages. La nouvelle année commencera bien, très bien même. Et chacun ici en profitera d'autant plus qu'il sera, peut-être, ruiné à la fin de l'année.

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Posté par memorandhomme à 10:10 - Dans ma peau - Commentaires [25] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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