Je n'oublierai jamais ce moment où, me retirant d'elle après que nous ayons joui ensemble, j'avais trouvé un morceau de latex collé sur le bout de ma verge.

Je n'avais rien dit. Je l'avais prise dans mes bras comme je le faisais ordinairement, je l'avais laissée me parler comme elle le faisait toujours. J'avais écouté, souris, j'avais regardé les photos qu'elle me montrait et dont elle était fière. En tenant le bout de préservatif entre mes doigts.

Puis je lui avais montré.

L'explication qu'elle avait trouvée pour justifier la présence de ce lambeau oublié au fond d'elle avait été abracadabrantesque mais elle l'avait élaborée en quelques instants, prenant juste un petit temps de création, celui d'un préambule, "j'ai honte de vous en dire la raison".

Je connaissais bien la manoeuvre, mes plus gros mensonges avaient toujours commencé par "Tu ne vas jamais me croire..." ; comme cette fois où une femme m'avait demandé pourquoi le moteur de recherche de mon ordinateur affichait "hôtel pour couples illégitimes" quand elle commençait à taper "hôtel pour week-end en amoureux"...

En rougissant incroyablement elle avait brodé une petite merveille de mensonge, réussissant à la fois à me faire culpabiliser et à détourner ma suspicion, un peu. Intérieurement j'avais applaudi l'artiste.

Mais plus que tout, j'avais admiré la femme, l'amoureuse.

Celle qui m'avait prévenu depuis des mois qu'elle ne se satisfaisait plus de notre vie en pointillés, celle qui me disait que je laissais beaucoup trop de place aux autres hommes et qui finalement, confrontée à cette révélation incroyablement triviale, faiblissait.

Je ne l'ai pas moins aimée pour autant.

La douleur de l'imaginer en train de jouir d'un autre corps que le mien s'effaçait doucement face à ce choix de ne pas me faire souffrir, face à ce souci de me protéger - dans tous les sens du terme.

Face également à cette preuve d'amour supplémentaire de la part de celle qui, avant moi, n'avait jamais pris la peine de mentir aux hommes à qui elle était infidèle...

-