Mes mots random...

Graphomanie, polygamie et tutti quanti...

29 octobre 2008

Interlude

Sous les bureaux des cadres se cachent de puissantes et lancinantes envies. Des souffles qui gonflent et enflent comme les voiles des navires partis en haute mer, des chocs comme des dos de plantigrade au sortir de l'hiver, des appels comme les voix des sirènes au flanc de leur rocher. Sous les bureaux des cadres, des cordes se nouent, des isthmes se creusent, des courants fouaillent leur passage vers la furie des océans. Sous les bureaux des cadres, le désir craque et bruisse et enfle, appelant un coeur, une bouche, une morsure... Sous les bureaux des cadres, des jambes s’arc-boutent, des membrures geignent sous la toile tendue. Sous les bureaux des cadres, des rêves s’avouent à mots murmurés, des plaintes geignent à demi-voix, des mains se crispent à la toile des costumes bleus. Sous les bureaux des cadres, des cuirs italiens brunis crissent sur la moquette râpée. Des appétits grandissent et meurent et des envies d’ailleurs, sous les bureaux des cadres supérieurs.

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26 octobre 2008

Back to black

Je suis un puits à souvenirs érotiques.


Parfois j’effleure juste la surface de ma mémoire, un souffle qui ride à peine l’eau, parfois je recueille les minuscules vagues concentriques qui partent du centre alors même qu'elles n'ont pas atteint le bord. D'autres fois je plonge ma main jusqu’au coude, paume ouverte, doigts étirés pour atteindre le fond.


On pourrait penser que l’eau a tellement été brassée qu’elle n’a plus rien à rendre, qu’elle est débarrassée de son oxygène, eau pétillante devenue eau lourde... il n'en n'est rien.

Tout à l’heure, je marchais dans la silhouette de la grande église. Il y a dû avoir l’odeur des arbres, un peu de gazon quelque part, la rumeur de la circulation étouffée au loin. Je me suis souvenu de ma première rencontre avec l’Athlète Black, il n'y a pas si longtemps.

Je l’avais aperçue dans ce joli parc moderne près du cour Saint Emilion, à coté de Bercy. Elle était assise à coté d’un bassin où il y avait des carpes du Japon à qui elle donnait du pain. Nous avions discuté pendant un moment, d’abord debout, puis assis, puis allongés côte à côte sur le gazon.


Elle m’avait raconté sa vie déjà bien chargée pour une fille de vingt-deux ans, sa mère biologique qui l’avait « donnée » à une tante en France, sa pratique du sport de haut niveau, sa vie aux USA et son retour en France pour quelques mois. Elle avait ajouté qu’elle ne racontait pas tout ça d’habitude, et il y avait dans cette phrase une intention que j'avais bien perçue...


Je lui avait proposé de dîner avec moi quelques jours plus tard. Elle avait une envie bien précise, elle voulait aller dans un restaurant tex-mex qu'elle connaissait du coté du bois de Vincennes. J’avais dit oui.


Le soir dit, elle était habillée tout en noir. Sa silhouette était parfaitement dessinée sous des vêtements pourtant confortables, elle avait des baskets à la dernière mode données par son équipementier et une poitrine très disproportionnée par rapport à son gabarit...


Elle savait ce qu’elle voulait.


Elle ne voulait pas que je m’asseye en face d’elle mais à coté.

Elle voulait des nachos.

Elle voulait savoir pourquoi j’aimais les filles beaucoup plus jeunes que moi.

Elle ne voulait pas d’alcool.

Elle voulait savoir si j’étais déjà sorti avec une Africaine.

Elle voulait un Coca Light avec beaucoup de glaçons.

Elle voulait aller marcher dehors à la fin du repas.


J’avais réglé l'addition sans qu'elle fasse semblant de vouloir la partager. Elle était sortie en passant la première.


Je l'avais suivie, nous avions marché sur le trottoir puis dans l’herbe. C'était la pleine lune. Nous nous étions rapprochés des arbres près du château, puis assis à l'écart des réverbères. Comme au parc quelques jours auparavant, nous nous étions allongés sur le dos. Nous avions regardé la lune, parlé encore un peu. Des gens étaient passés sur le trottoir, je me souviens de deux ados qui marchaient vite et ne nous avaient pas vus, et aussi d’un type qui promenait son chien. Un berger allemand.


Au bout d’un moment elle s’est rapprochée de moi et a glissé ses doigts entre les boutons de ma braguette comme si c'était la chose la plus naturelle à faire. J’ai senti ses ongles sur mon prépuce, dans les poils de mon pubis. Elle m'a déboutonné et immédiatement j’ai ressenti la chaleur de sa bouche, la douceur de ses lèvres charnues dans l’air encore incertain du mois de juin.


A quelques dizaines de mètres les voitures passaient, au loin une silhouette marchait avec l'air de ne pas savoir où elle voulait aller.


Elle m’a sucé avec autant de tranquillité et de détermination qu’elle avait mené cette soirée, je voyais son profil se découper sur ce gris orangé qu’a le ciel nocturne de Paris. J’ai tenté de glisser ma main dans son jeans taille basse qui laissait entrevoir un bout de string rose, mais elle ne voulait pas spécialement que je la caresse, elle voulait juste me sucer.


J’ai gonflé dans sa bouche, gonflé et palpité, j’ai soupiré à voix basse, j’ai  contracté mon ventre et mes fesses et puis j’ai joui, d’un long trait sur sa langue.


Elle a avalé sans gloutonnerie surjouée ni précipitation, elle a avalé et puis elle m’a regardé, menton posé sur ma poitrine, yeux attentifs et sereins sous de longs cils recourbés.


Elle venait de faire tomber un petit diamant noir sur l'eau sombre de ma mémoire, une goutte d'éros à regarder avec nostalgie plus tard, beaucoup plus tard, quand la chair serait triste et que je n’aurais  plus envie de lire tous les livres...


Elle était la fille qui m’avait pris et fait jouir dans sa bouche au sortir du restaurant, sur un carré de gazon, au premier rendez-vous.


Elle était l’Athlète black, à la peau de satin.

 

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22 octobre 2008

Cities in dust

Ca y est.

Le capitalisme n'a pas vendu aux révolutionnaires Bolcheviques la corde pour le pendre, il se l'est vendue à lui-même.

Dans la salle de trading ce matin, l'ambiance était de la couleur des murs : livide. Je me souviens très bien qu'un néon clignotait nerveusement dans la troisième rangée en partant du fond, comme une paupière qui bat sous l'influence d'un tic nerveux.

A 9h30, le téléphone d'Amaury Albertini a sonné. Amaury a décroché, a écouté ce que son interlocuteur avait à lui dire sans broncher, puis a prononcé quelques mots en hochant de la tête et il a raccroché.

Quelques seconde après c'était le poste de Stéphane Blainville qui sonnait. Il a pris le combiné après une seconde d'hésitation, puis il a écouté lui aussi. Il a raccroché sans un mot, juste avec un petit ricanement en regardant droit devant lui.

C'est ensuite le téléphone de Dimitri Chazel, celui d'Yves Damblemont, celui de Nathanaël d'Orves, celui d'Emmanuel Erhardt, de Tristan Falguières, de Dove Goldfeld, d'Emilie Harcourt, de Yohann Kern qui ont sonné, et ainsi de suite en suivant l'ordre alphabétique.

J'ai poussé un soupir de soulagement. Ils venaient d'appeler Jérôme Wargny.

Chaque appel avait duré exactement le même temps, les mots avaient sans doute été exactement les mêmes, seule avait dû changer l'heure de la convocation à l'entretien préalable. La lettre recommandée avec accusé de réception suivrait.

Puis mon téléphone a sonné.

Ils avaient sauté mon nom sur la liste.

J'ai écouté à mon tour le discours déjà tout écrit et maintenant bien rôdé. La phrase de conclusion n'appelait pas de réponse, c'était une convocation. Il n'y eut pas un mot de regret, pas une parole de commisération, le type des R.H. à l'autre bout était aussi froid que nous l'étions nous-même quand nous vendions des matières premières en spéculant à la baisse sur les bourses Africaines.

J'ai reposé le combiné sur sa base.

Nous nous regardions les uns les autres par intermittence avec des regards sans intention. Les autres, ceux qui restaient, observaient une mouche imaginaire devant eux, ou leurs chaussures, ou bien leurs écrans où s'affichaient des graphiques verts et rouges qui pointaient vers le bas.

J'aurais aimé qu'on me dise quelque chose mais j'avais aussi une furieuse envie de foutre mon poing sur la gueule au premier qui oserait.

Je sentais le poids de mon corps enfoncé dans le fauteuil à roulettes devenu siège éjectable.

Une page se tournait. Et mon nom était sur cette page, imprimé en petits caractères.

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16 octobre 2008

Appétances

Le corps désirant, je me suis souvent relevé dans l'appartement sombre.

La crème au chocolat brillante et les framboises fraîches au goût d’étable.

Les galettes de maïs soufflé et le chocolat noir.

Le corps affamé, j’ai souvent interrogé du regard les étagères et les clayettes.

Le fromage bleu et le pain aux noix.

La coppa poivrée sur un pain Poilâne grillé et frotté d’ail.

Le corps insatisfait, j'ai souvent cherché, curieux et avide.

Le citron beldi croqué dans sa saumure.

Les câpres au sel marinées dans le vinaigre.

Le corps exigeant, j'ai souvent recherché le vif, le fort et le puissant qui fait exploser les papilles.

Le gingembre confit posé sur la langue.

Le doigt trempé dans la poudre de piment d’Espelette.

Et un jour, elle a ouvert son corps à mon corps.

Ce jour-là, j’ai goûté chaque once de sa peau et bu chaque goutte de sa bouche.

Ce jour-là, j'ai tout oublié du piment, du poivre, du chocolat et des framboises.

Ce jour-là, mon corps a geint du manque et de la plénitude dans la même voix.

Ce jour-là, mon corps a retrouvé le chemin du vertige.

En faim...


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07 octobre 2008

Maison Usher

Ainsi nous nous tenons debout devant la grande baie vitrée, face à la ville plongée dans la pénombre.

Devant nous, les tours de la mégalopole tombent les unes après les autres. Nous sommes dans la séquence finale de Fight Club et assistons en silence à la chute des piliers du capitalisme financier.

L'effondrement de ces buildings-là nous laisse muets, comme celui des tours du World Trade Center nous avait arraché des cris et des larmes. Ici pas de victimes sautant des fenêtres éclatées, pas de corps brûlés dans les nappes de kérosène en flamme, pas d'appels d'adieu sur des téléphones mobiles bientôt  vaporisés dans le souffle des explosions.

Cet effondrement-là est silencieux, aussi immatériel dans sa chute que l'ont été les fondations de sa gloire. Personne ne pleure ceux qui, la veille, clamaient qu'on devait leur laisser faire du profit sans la moindre contrainte et qui, à présent, quémandent sans dignité l'aide de ceux-là même qu'ils ont ruiné et exproprié.

Nous regardons tomber les tours de marbre les unes après les autres, impavides. Seuls quelques-uns se réjouissent, inconscients du fait qu'ils se tiennent eux-mêmes debout sous les tours. Sous peu les premiers éclats de métal tomberont, sous peu les premiers morceaux de chairs seront arrachés aux os, sous peu les premiers cris retentiront.

Nous regardons les tours tomber, étrangement étrangers à tous cela, à ceux qui souffrent la-haut. Nous ne disons rien, nous ne poussons aucun cri de victoire car nous savons au fond de nous-même que cette victoire-là nous laissera un goût de cendres dans la bouche.

Nous regardons les tours tomber en sachant que la chute de celles-ci n'est pas le triomphe de ceux-là, que la tumeur parasite est devenue si grosse que son ablation entraînerait la mort de l'organisme.

Nous regarderons les tours tomber en silence et déjà assistons aux premières alliances, aux premières reconstructions. Les tours s'épaulent les unes aux autres, vacillent et s'adossent à leurs voisines.

Ces tours-là chutent. Elles ne s'effondrent jamais totalement.

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01 octobre 2008

SOS Cunni

Ce jour-là, j'ouvris ma boîte mail. Le message tenait en deux lignes :

"Cher ami,  j'ai très envie d'un cunnilingus entre midi et deux, cela serait-il dans tes cordes ?"

Ca l'était. Je lui répondis que je la retrouverais deux heures plus tard dans cet hôtel dont j'étais  familier et qui était tenu par une vieille dame charmante qui avait dû régenter un boxon dans les années cinquante.

La femme que j'allais lécher derechef ne ressemblait pas à celles qui m'attiraient généralement. Je les aimais jeunes, elle avait presque mon âge et était mère de deux enfants. Je les aimais un peu artistes, marginales et névrosées, elle était cadre dans une multinationale. Je les aimais vaginales, elle était clitoridienne.

Quand je la rejoignis, elle m'expliqua qu'elle avait un entretien avec un chasseur de têtes en fin de journée. Je supposai qu'elle attendait de moi la poussée d'hormones sexuelles qui  avive le teint, stimule les neurones et met un sourire sur les lèvres. J'étais son marchepied vers de plus hautes sphères manageriales, une sorte de promotion canapé à l'envers où c'était l'anonyme qui faisait monter la boss en grade...

Le jeune homme qui nous fit entrer dans la chambre me dit avec un petit sourire de ne pas m'inquiéter, qu'il n'allait pas rester. L'espace d'un instant je me demandai si je n'allais pas lui proposer de se joindre à nous. Mais un cinq à sept, même entre midi et deux, laisse peu de temps pour les fioritures...

Elle se dévêtit efficacement, une jupe de tailleur glissant beaucoup plus vite sur les hanches qu'un jean... Elle portait des bas sans porte-jarretelles ainsi qu'une lingerie avec des transparences judicieusement placées, dont une qui me faisait largement voir la fente de son cul.

Je lui expliquai que je voulais qu'elle soit putassière avec moi.

"Putassière", c'était le mot que j'employai. J'aimais comme il butait sur mes lèvres à la sortie, comme il sifflait entre mes dents.

"Putassière".

Je vis que le mot faisait comme une petite zébrure dans sa tête, comme une lanière de martinet sur son dos.

Elle enchérit. Elle m'expliqua en se tournant lentement devant le miroir Rococo qu'elle s'était conduite comme une salope en début de semaine. Qu'elle était allée dans un de ces lieux impurs où elle s'était faite baiser par plusieurs hommes, à la chaîne où en même temps.

Elle avait été une sacrée salope et elle me demandait de la confirmer dans cette conviction. Elle avait été une sacrée petite salope et elle ondulait son cul devant mon visage pour que j'en sois bien persuadé.

Je lui donnai l'ordre de s'agenouiller entre mes jambes, de prendre ma queue dans sa bouche et de me sucer comme celle qu'elle me disait être et avoir été.

Elle me suça. Je lui parlais pendant ce temps, je lui disais que j'aimais durcir dans sa bouche. Je bandais tandis qu'elle me léchait doucement, tout en me racontant -la bouche pleine- qu'un de ses partenaires du début de la semaine lui avait dit qu'elle n'était pas très bonne à cet exercice. Je lui assurai que rien ne valait la pratique...

Elle était à présent montée sur le lit et je lui intimai d'écarter largement les cuisses. Elle hésita un instant, si bien que je dus répéter mon instruction. Je descendis entre ses jambes pour la lécher. Elle m'avait un jour expliqué qu'on voyait la différence entre un jeune amant et un homme plus expérimenté à la qualité du cunnilingus, et j'avais bien l'intention de ne pas me classer parmi les novices.

Elle n'était pas sentimentale, elle était pragmatique. Elle m'indiqua qu'elle voulait que je vienne sur elle, en 69. Je frottais ma queue sur son visage, essuyant le sperme qui perlait à mon gland sur ses joues, quand je sentis ses mains appuyer sur mes fesses pour les inciter à descendre plus bas. Elle voulait que je lui baise la bouche.

Je la pilonnai par des coups de reins vifs et secs, cherchant la gorge, guettant la suffocation. Elle ne suffoqua pas. Bien au contraire elle jouit joliment tandis que je la léchai d'abondance, presque en même temps que moi.

Il était temps de se rhabiller. Je remis mon costume, elle remit son tailleur. Nous sortîmes de l'hôtel, le sourire aux lèvres.

A la fin de la journée elle irait se vendre face à un chasseur de têtes qui, peut-être, rêvasserait à ses jambes en l'interviewant. Un type entre deux âges qui banderait mollement en imaginant sans vraiment y croire qu'elle porte des bas et une lingerie transparente et qui ne saurait jamais que, dans l'entrejambe de sa candidate, subsistait la salive d'un homme qui n'était pas, mais alors pas du tout son mari...

Posté par memorandhomme à 11:00 - Eros - Commentaires [39] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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