Je suis un puits à souvenirs érotiques.


Parfois j’effleure juste la surface de ma mémoire, un souffle qui ride à peine l’eau, parfois je recueille les minuscules vagues concentriques qui partent du centre alors même qu'elles n'ont pas atteint le bord. D'autres fois je plonge ma main jusqu’au coude, paume ouverte, doigts étirés pour atteindre le fond.


On pourrait penser que l’eau a tellement été brassée qu’elle n’a plus rien à rendre, qu’elle est débarrassée de son oxygène, eau pétillante devenue eau lourde... il n'en n'est rien.

Tout à l’heure, je marchais dans la silhouette de la grande église. Il y a dû avoir l’odeur des arbres, un peu de gazon quelque part, la rumeur de la circulation étouffée au loin. Je me suis souvenu de ma première rencontre avec l’Athlète Black, il n'y a pas si longtemps.

Je l’avais aperçue dans ce joli parc moderne près du cour Saint Emilion, à coté de Bercy. Elle était assise à coté d’un bassin où il y avait des carpes du Japon à qui elle donnait du pain. Nous avions discuté pendant un moment, d’abord debout, puis assis, puis allongés côte à côte sur le gazon.


Elle m’avait raconté sa vie déjà bien chargée pour une fille de vingt-deux ans, sa mère biologique qui l’avait « donnée » à une tante en France, sa pratique du sport de haut niveau, sa vie aux USA et son retour en France pour quelques mois. Elle avait ajouté qu’elle ne racontait pas tout ça d’habitude, et il y avait dans cette phrase une intention que j'avais bien perçue...


Je lui avait proposé de dîner avec moi quelques jours plus tard. Elle avait une envie bien précise, elle voulait aller dans un restaurant tex-mex qu'elle connaissait du coté du bois de Vincennes. J’avais dit oui.


Le soir dit, elle était habillée tout en noir. Sa silhouette était parfaitement dessinée sous des vêtements pourtant confortables, elle avait des baskets à la dernière mode données par son équipementier et une poitrine très disproportionnée par rapport à son gabarit...


Elle savait ce qu’elle voulait.


Elle ne voulait pas que je m’asseye en face d’elle mais à coté.

Elle voulait des nachos.

Elle voulait savoir pourquoi j’aimais les filles beaucoup plus jeunes que moi.

Elle ne voulait pas d’alcool.

Elle voulait savoir si j’étais déjà sorti avec une Africaine.

Elle voulait un Coca Light avec beaucoup de glaçons.

Elle voulait aller marcher dehors à la fin du repas.


J’avais réglé l'addition sans qu'elle fasse semblant de vouloir la partager. Elle était sortie en passant la première.


Je l'avais suivie, nous avions marché sur le trottoir puis dans l’herbe. C'était la pleine lune. Nous nous étions rapprochés des arbres près du château, puis assis à l'écart des réverbères. Comme au parc quelques jours auparavant, nous nous étions allongés sur le dos. Nous avions regardé la lune, parlé encore un peu. Des gens étaient passés sur le trottoir, je me souviens de deux ados qui marchaient vite et ne nous avaient pas vus, et aussi d’un type qui promenait son chien. Un berger allemand.


Au bout d’un moment elle s’est rapprochée de moi et a glissé ses doigts entre les boutons de ma braguette comme si c'était la chose la plus naturelle à faire. J’ai senti ses ongles sur mon prépuce, dans les poils de mon pubis. Elle m'a déboutonné et immédiatement j’ai ressenti la chaleur de sa bouche, la douceur de ses lèvres charnues dans l’air encore incertain du mois de juin.


A quelques dizaines de mètres les voitures passaient, au loin une silhouette marchait avec l'air de ne pas savoir où elle voulait aller.


Elle m’a sucé avec autant de tranquillité et de détermination qu’elle avait mené cette soirée, je voyais son profil se découper sur ce gris orangé qu’a le ciel nocturne de Paris. J’ai tenté de glisser ma main dans son jeans taille basse qui laissait entrevoir un bout de string rose, mais elle ne voulait pas spécialement que je la caresse, elle voulait juste me sucer.


J’ai gonflé dans sa bouche, gonflé et palpité, j’ai soupiré à voix basse, j’ai  contracté mon ventre et mes fesses et puis j’ai joui, d’un long trait sur sa langue.


Elle a avalé sans gloutonnerie surjouée ni précipitation, elle a avalé et puis elle m’a regardé, menton posé sur ma poitrine, yeux attentifs et sereins sous de longs cils recourbés.


Elle venait de faire tomber un petit diamant noir sur l'eau sombre de ma mémoire, une goutte d'éros à regarder avec nostalgie plus tard, beaucoup plus tard, quand la chair serait triste et que je n’aurais  plus envie de lire tous les livres...


Elle était la fille qui m’avait pris et fait jouir dans sa bouche au sortir du restaurant, sur un carré de gazon, au premier rendez-vous.


Elle était l’Athlète black, à la peau de satin.