Elle entre dans ce wagon de métro entre Nation et Charles de Gaulle.

 Elle a des traits d'une finesse rare, des pommettes saillantes, des yeux d’onyx amandine dessinés par un pinceau divin mouillé d'encre délicate.

Ses lèvres sont celles de la reine Hatshepsout, à l'image de ce presque-buste dont ne subsiste au Louvre qu’une bouche brillante de volupté, désirable pour l’éternité...

Même fermées, elles semblent entrebaîllées par le pouce d’un homme.

Ce n’est qu’au prix d’un effort certain que je m’aperçois que, justement, il y a un homme à coté d’elle.


Un homme qui lui parle. Et parle.


Et parle encore...


Sa conversation n’intéresse que lui. Elle se contente de l’entendre, ses grands yeux tournés vers lui. Elle  n'écoute pas, elle n’acquiesce même pas.


Difficile de dire s’ils sont quelque chose l’un pour l’autre, tant leur proximité est lointaine. Elle semble habituée. Elle pose quelques questions de pure forme, polies.


Moi je parcours l’arête de son nez. Je glisse le long de sa joue. Je caresse chaque grain de peau du doux de mes yeux.


Station Châtelet. Ils descendent avec cette synchronisation des gens habitués à être ensemble.


Je regarde un long moment le vide.


L’attachement est si... étrange.

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