Le dimanche soir, j’ai toujours quelque réticences à me lover dans les bras de Morphée. Après tout, Morphée est un homme.


Je fais donc appel à la chimie, sous la forme d’un hypnotique dont le nom commence par un thé, continue par un met, et finis sur le tas. Ce soir-là, j'avale le cachet ovale et je vais me coucher. Je sais que j’en ai pour un gros quart d’heure avant de m'endormir, alors juste avant la grande plongée je remercie la demoiselle allongée à coté de moi sous le drap pour l'agréable journée avec déjeuner au soleil sur une terrasse et la petite sieste sur l’herbe parmi les piaillements des enfants bien élevés. Je remercie donc - je suis un garçon poli- et confirme par un genre d’accolade, disons un blotissage et un bisou. La demoiselle sort direct les dents qu’elle me plante dans la lèvre inférieure, que j’ai heureusement dodue, puis dans le muscle de l’épaule. Elle me tracte ainsi harponné de son coté du lit, telle une bête qui rapporte en sa tanière une proie pas encore tout à faire morte. La demoiselle n’est pas très difficile à comprendre dans ces moments-là, et d’expérience je sais que quand ça démarre de cette façon rien de sert de finasser. J’ai envie de toi, je te mords l’encolure, ça t’excite, hein, salope, et crac ! Sauf que là, au lieu de crac suivi d’autres onomatopées, on a plutôt un bruit de porte rouillée... Mademoiselle a envie mais ça coince. Histoire de ne pas être venu pour rien je tente alors une transformation d’essai viril avec la technique dite de la « tête de chat », genre si la tête passe, le reste aussi… et rhaann. Nan. Passe pas. Deuxième essai plus gentleman avec doigt mouillé inquisiteur et tartinant. Rien. Reste donc à interpréter l’ouverture de la mer rouge selon Memhoïse, et votre serviteur se glisse entre les cuisses de la Demoiselle. Caresse de ses lèvres du bas par les miennes du haut façon pétale de rose, douceur, frôlements puis retour aux ornementations, comme on dit dans la grande musique… Cela dure jusqu’à ce que je sente que mademoiselle laisse échapper de vrais soupirs. Pas ceux qui font plaisir au bavouilleur à l’oeuvre là en bas, non : ceux qui partent sans le vouloir, en direct live, les vrais… Entre-temps j’ai décliné tous les classiques, le sommet du clitoris que je fais tintinnabuler comme une petite cloche à la volée de la pointe de la langue. La base du clitoris, que j’enveloppe solennellement d’une langue-écharpe chaude et douillette. Et puis les lèvres, que j’emprisonne et aspire avec douceur et insistance, avant que de les relâcher doucement… et de recommencer. Je fais mes gammes avec virtuosité et imagination, et finis par me concentrer sur le roulé du clito, qui me vaut des mains spasmodiques plantées dans les cheveux et des soupirs plus brefs et plus aigus… Je poursuis, tenant de maintenir un rythme impeccable, dont je suis bientôt récompensé en ayant la tête broyée entre deux cuisses et balancée dans tous les sens, alors que ma langue tente vaillamment de reprendre pied et de ne pas lâcher l’affaire… Elle y parvient, et en guise de récompense je me reprends l’étau et le swing deux autres fois, si bien qu’à la troisième fois, j’arrête, en douceur. La Demoiselle ne bouge plus, moi non plus -j’ai mal à la mâchoire. Elle me dit entre deux gémissements qu’elle a joui. Sans blague. Je la couvre avec la couette, lui demande si ça va, elle me dit ohouioui, ohouiohoui… Alors je m'allonge sur le dos et un instant plus tard j’entends qu’elle dort du sommeil de la bûche. Et je me rappelle qu’initialement j’étais partis pour la baiser.


Et il parait que dans un couple, c'est la femme qui est frustrée...

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