Nous déjeunons devant une table marocaine et je mange selon le rite musulman, en me servant uniquement de la main droite.

Pas par souci d'harmonie avec le décor, non, mais parce que ma main gauche est fermement enserrée en haut des cuisses de ma voisine...

Nous sommes en été et sous sa robe rouge à pois blancs il n’y a rien d'autre que sa peau nue et quelques taches de rousseur, le dessus comme un négatif du dessous. Elle est impeccablement épilée.

Haminah a vingt et un ans et comme elle le dit souvent elle-même, « la femme est la plus belle créature de Dieu, surtout quand elle a le diable au corps »… Et question diable au corps, Haminah est une merveille descendue en droite ligne de l’Olympe !

Dans un quelconque club libertin, son comportement serait déjà jugé un peu... animal, mais dans ce restaurant proche des Champs-Elysées il ne manque pas de faire sensation. Pour ne rien arranger, les quatre cotés de cette grande table collective sont occupés par des gens qui ne se connaissent pas et l’attitude des uns et des autres varie entre la stupeur gênée et le matage hypocrite.... Ce qui est certain, c’est que l’évidente voracité de ma jeune camarade pour d’autres pièces carnées que celles présentées dans l’assiette n’est un mystère pour personne.

A l'arrivée du plat de résistance, je lui suggère qu’elle pourrait faire autre chose de sa bouche que de me gober le lobe de l’oreille ou d’y fourrer une langue inquisitrice. Elle s’en fout royalement. Elle ondule de plus belle contre moi et sa robe -déjà courte- remonte petit à petit sur le haut de ses cuisses. Elle a envie de moi, envie que je la baise et elle le montre.

Une fois la table débarrassée c’est elle qui se saisit de nouveau de ma bouche en resserrant ses cuisses sur ma main captive. Je sens les contractions de ses muscles en rythme autour de mes doigts, le rythme de sa respiration et décide de régler l’addition avant qu’elle ne se fasse jouir toute seule sur ma main ! Je cherche du regard le serveur qui a dû aller se masturber dans un coin… Mes yeux balayent autour, passent sur la table d’en face pour se poser sur... Charlotte.

Charlotte !!

La même qu'il y a quinze ans, dont je vous parlais récemment. La même blondeur scandinave, les mêmes yeux bleus, le même pull en cachemire joliment rempli au niveau de la poitrine, la même bouche à… Je suis en état de stupeur. Charlotte… en train de déjeuner avec un type insignifiant (Collègue ? Mari ?) Charlotte… Oh que j’ai prononcé ce prénom souvent, combien de fois il m’a bercé en m’endormant dans des tourments amoureux et masturbatoires. Charlotte…

Un grondement félin à ma gauche me rappelle opportunément que je ne suis pas seul. Que faire ? Aller trouver Charlotte et lui tendre une main encore luisante des émois intimes de ma camarade de jeux ?… Lui faire la bise d’une lèvre presque éclatée des dents d’une autre femme ? Inimaginable ! Une situation Cornélienne, une malédiction !!

Alors ?…

Alors rien.

J’ai ravalé mon envie et mon dépit, j’ai réglé l'addition et Aminah et moi sommes sortis du restaurant, en passant loin de la table où Charlotte se tenait.

Une demie-heure après, Haminah faisait -et rudement- dans sa chair les frais de ma frustration.

Evidemment, elle a adoré ça.