Il est derrière moi. 


Au moment où je tape sur cet ordinateur, il est derrière moi. Je n’ai même pas à le savoir, je le sens.


Il est derrière moi depuis un certain temps, mais jamais il n’est parvenu à faire oublier qu’il est là. Silencieux, discret. En retrait. Mais bien là.


Si je m’étirais un peu en arrière, je pourrais presque toucher la boucle métallique qui serre sa taille. Mais je ne le fais pas. Je n’ai pas envie de le toucher.


Pour tout le monde, il est comme les autres, mais moi, je sais ce qu’il a en lui, bien caché. Moi seul connais la vérité.


Par moments j’arrive à oublier qu’il existe. Et puis je regarde derrière moi, par-dessus mon épaule et je le vois. Il est pâle. Ventru. Sa peau est épaisse.

Parfois je me lève et je dois passer devant lui. J’évite de le regarder. Et je regarderai droit devant moi quand je reviendrai m’asseoir. Car je sais ce qui est en lui.

En lui il y a les mots d’un amour enfui. Il y a des rayons de soleil sur un banc des Tuileries. Il y a des cafés à se glisser la main sous les manches. Il y a une station de métro en verre de Murano. Il y a des trajectoires parallèles devant Staël. Il y a des journées à se regarder s’aimer. Il y a des mots sur des papiers. Il y a des blotissements sous le manteau. Il y a des promesses de toujours.

Dans ce dossier en cuir jaune, rangé sur l’étagère, il y a tout ce qu'il y avait d'un amour passé.

Il y a tout ce qu'il n'y a plus.

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