J'aime bien revoir mes anciens stagiaires.


Ceux à qui j'ai transmis quelque chose, un peu d'humanité, d'éthique dans le boulot, celles que j'ai s...


Ahem.


J'aime bien revoir mes anciens stagiaires, comme celui-ci avec qui je prends un café et que je n'ai pas revu depuis dix ans. il est maintenant en charge de la stratégie internationale d’une multinationale de télécommunication Teutonne.


Lui : « Tu sais, j'ai eu une super idée au boulot : fermer les services de hotline en Allemagne et les délocaliser dans des pays à faible coût de main-d’œuvre. »


Moi : « Oui, évidemment, mais tu sais bien qu’il y a le problème de la langue. Les Allemands ne veulent pas être renseignés par des gens qui ont un accent bizarre –j’entends par là autre que l'accent bavarois- et en plus, trouver des germanophones en Afrique du Nord ou en Inde, tu vas avoir du mal. Et je te parle même pas de la Chine ! »


Lui : « Oui, j’y ai réfléchi et j’ai trouvé : On va les ouvrir à Bratislava. Il y a plein de chômeurs à Vienne, qui est à quatre-vingt bornes. On va ouvrir un immense call-center soumis aux lois sociales slovaques -autant dire à pas de loi du tout- et en plus on va le faire subventionner par le gouvernement Slovaque et l’Union Européenne au motif de la création d'emplois. On va faire venir les Autrichiens en bus, ils seront payés des clopinettes parce que le salaire moyen en Slonénie est plus bas qu'en Chine, mais ils trouveront toujours ça mieux que d'être au chômage en fin de droits. »


Moi : « Les Slovaques vont subventionner l’emploi de travailleurs Autrichiens ??... »


Lui : « Ben oui, tu parles qu’on va juste parler des emplois qu’on va créer mais pas de la nationalité des gens qu'on va y mettre. Et ensuite ils ne pourront plus s’y opposer : libre circulation des salariés dans l’EU ! »


Moi (ironique) : « Ouais, mais alors pourquoi les faire venir en bus, dans ce cas-là ? Ils n’ont qu’à se débrouiller pour venir eux-mêmes en auto-stop s’ils veulent vraiment bosser... »


Lui : (totalement étanche) : « Oui, c'est sur que ça coûte un peu plus cher, surtout avec la hausse du coût du pétrole, mais au moins on sera certains qu’ils seront à l’heure. Tu sais, avec les chômeurs... De toutes façon au final on sera gagnants, j’ai tout calculé. »


Moi : « Je te laisse, je vais aux chiottes, j’ai un peu la nausée. Je dois avoir un truc qui passe pas.»

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