Il y a des êtres gâtés par les dieux. Pourri-gâtés, même.


Des êtres humains outrageusement privilégiés, issus de lignages irréprochables, de siècles de mariages entre des femmes superbes et des hommes brillants... (ou le contraire).


Je fais partie de ces créatures nées coiffées, comme on disait au vingtième siècle, et je le confesse bien volontiers car après tout je n’y suis pour rien : je suis né comme cela.


Parmi ces multiples bénédictions, d’autant plus injustes qu’elle ne te concerneront jamais et que tu te contenteras de regarder passer au loin les êtres d’élite dont je suis en finissant ton 2eme Perrier-Rondelle au Bar-tabac des Bosquets, parmi donc ces multiples bénédictions disais-je avant que tu ne m’interrompes, il y en a une que je chéris plus que toutes les autres :


Je ne rote pas.


Oui, je sais. Tu vas te dire que c’est trop injuste. Oui, tu vas pleurer, implorer le ciel que la terre s’entrouvre et t’engloutisse dans ses entrailles brûlantes, mais il faut bien t’y résoudre : je ne rote pas.


Pas la moindre éructation.

Jamais.


Tu imagines donc que je fais l’objet de la part de la gent féminine d’une convoitise d’autant plus vive que ce sexe est bavard, et que cette particularité a eue tôt fait de faire le tour des lycées, des douches collectives et des résidences universitaires. Les femmes m’aiment car je ne rote pas, c'est injuste mais c'est ainsi.


Ce don, doublé d'une éloquence acquise chez les Jésuites, m’a permis de maîtriser l’art délicat de la conversation amoureuse, comme j’avais une nouvelle fois l’occasion de le démontrer avec la délicieuse Tatiana, son mètre soixante-dix-sept, son quatre-vingt-dix C.


Dans ce café branché du Marais, autour d'un Coca Light pour elle, Zéro pour moi, je lui racontais comment j'avais sauté en parachute au-dessus des Alpes Suisses, la vitesse, la griserie et comment j'excellais à me poser avec élégance sur leEEUuuRRrrRRRPP**

Il y eut un long silence...

Je ne revis jamais Tatiana, son mètre soixante-dix-sept, son quatre-vingt-dix C.

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