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Ma ceinture en cuir sentait la chatte.

En fait, ma peau tout entière sentait la chatte, la sienne devait sentir la queue, nos corps devaient poisser quelque peu et j'avais fait couler un bain. J'étais rentré le premier dans la baignoire, je m'étais laissé aller à la sensation de l'apesanteur, des vertèbres qui se remettent dans l'alignement du corps, des poils qui se hérissent. Puis je l'avais regardée entrer nue dans la pièce, j'avais admiré son corps comme je n'ai jamais cessé de le faire depuis que nous nous aimons. J'avais manoeuvré pour lui faire de la place et elle était entrée dans l'eau. Nous avions cafouillé nos jambes et nos mollets, noué et dénoué nos abattis et finalement trouvé nos positions, face à face et presque imbriqués l'un dans l'autre.

Je ne sais pas pourquoi le bain a toujours été quelque chose d'érotique pour moi. Pourquoi je n'ai jamais pu me glisser dans l'eau chaude sans m'y engloutir jusqu'au cou et sans manoeuvrer le robinet mitigeur du bout de l'orteil pour rajouter de l'eau brûlante jusqu'à ce que la chaleur soit à la limite du supportable. Et pourquoi je n'ai jamais pu m'empêcher de me branler dans le bain. Oh pas nécessairement jusqu'à la jouissance (le sperme qui flotte a la désagréable habitude de s'engluer dans chaque poil du corps) mais juste pour faire communier la chaleur de l'eau et celle du corps.

Nous parlions à présent et tout en l'écoutant je caressais doucement mon sexe, je le faisais renfler et gonfler puis je le laissais revenir au repos. Sa vulve lisse était à portée immédiate de ma main et c'est tout naturellement que j'ai fait rouler son clitoris sous mon pouce. Je suppose que la chaleur dans son ventre a cru elle aussi puisque mon sexe s'est poussé vers le sien et qu'il s'est frayé un chemin à l'intérieur d'elle, tronc d'arbre en torticolis, racine torse comme la mandragore qui pousse au pied des pendus et qu'il a commencé à aller et à venir en elle, trempant alternativement dans l'eau du bain et dans le liquide qui baignait l'orée de son ventre.

L'eau a commencé à clapoter dans un ressac nerveux et régulier, les vaguelettes nées de nos corps tétaniques ont claqué contre les parois de fausse faïence.

Et puis l'eau a tapé fort contre les parois de la baignoire, a résonné dans la pièce blanche, a tapé tellement que les propriétaires allaient arriver, inquiets d'un probable dégât des eaux, tellement qu'elle allait passer par-dessus bord et recouvrir le carrelage, qu'elle allait inonder le sol comme je voulais que sa mouille inonde ma queue et qu'elle poisse les poils de mon pubis et qu'elle m'englue de la tête aux pieds, moi en sacrificié ultime de mon désir d'elle, moi en proie prédigérée dans le mucus de sa chatte adorée.

Très vite elle a joui sur mon empalement imparfait, sur ma queue en luxation.

Puis le silence est revenu.

L'eau oscillait sous nos respirations rapides et profondes.