Ce qui m'avait tout de suite plu chez Rachel, c'était sa chambre individuelle.

En stage à Londres, je partageais un appartement crasseux et empestant le gaz avec Scott, un Australien sympathique dont la conversation était limitée à "bière" et à... à rien.

Dans la journée, je garnissais des rayons de barres chocolatées dans un Boots en me nourrissant partiellement sur le stock, tandis qu'elle travaillait au desk d'un hôtel Victorien qui avait connu des jours meilleurs.

Rachel et moi en vînmes à mélanger nos langues et à nous mettre la zigounette dans le pilou-pilou grâce à un violent orage et au passage d'une Jaguar dans l'énorme flaque d'eau qui bordait le trottoir où nous marchions. Le mini-tsunami qui en résulta nous trempa l'un et l'autre jusqu'à l'os, m'offrant l'occasion de proposer à Rachel de venir enfiler quelques vêtements secs chez moi.

Au lieu de cela elle trempa son slip et ce fut moi qui l'enfilai, comme quoi dans un pays où l'on conduit à gauche un français peut facilement en arriver à confondre les priorités...

Ce rapprochement fut judicieux, puisqu'en plus d'une chambre individuelle Rachel jouissait d'un accès aux cuisines de son hôtel. Je bénéficiai ainsi de roboratifs petits déjeuners à l'anglaise avec saucisses grillées, tranches de lard et flageolets à la sauce tomate qui donnèrent un parfum tout particulier à nos grasses matinées.

Rachel et moi découvrions allègrement la joie d'être loin de nos familles respectives et celles du touche-pipi sans la crainte d'être surpris. A cet âge-là, j'étais déjà très enclin à utiliser ma bouche pour donner du plaisir à la demoiselle. Mais il se produisit entre elle et moi un phénomène physico-chimique aussi inhabituel qu'inattendu : je découvris que ma salive et sa peau n'étaient pas compatibles !

Par une étrange réaction moléculaire, le contact de l'une sur l'autre produisait une odeur acide, protéïnique et épaisse, en un mot : écoeurante.

Passée la fougue de l'étreinte, je posais ma tête sur sa poitrine et devais réfréner mon dégoût. Son ventre avait la même désagréable odeur, tout autant que son cou et chaque partie de son corps que j'avais léchée, mordue, aspirée ou titillée préalablement. Ma propre salive, sur elle, me répugnait.

J'en arrivai rapidement à ne plus pouvoir la sentir.

Je la quittai.