Ca commence par un genre de bruit.


En fait, c’est plus une sensation qui ferait comme un bruit. Un crissement. Un peu comme un rideau métallique qui s’ouvrirait dans un entrepôt, à part que ça se passe derrière mes yeux. C’est le bruit de paupières sèches coulissant sur deux globes oculaires, les miens en l'occurrence. Du sable entre deux couches mobiles d’organique. A ce moment, je commence à avoir suffisamment de conscience pour percevoir une douleur dans l’épaule, dans le haut du biceps. Le bras est bizarrement placé, un peu comme tordu. Je bouge légèrement et une autre douleur apparaît dans le milieu du dos. Il faut bouger, il faut absolument bouger. Un effort, un basculement, et la pression s’évapore. Pour faire place à une série de petits craquements très rapprochés dans les cervicales. Mouvement réflexe de pousser la tête en arrière. Grande respiration, bras qui se tendent vers le mur, clac dans l’autre épaule, série de petits picots le long de l’échine qui se décrochent les uns après les autres. Le dos qui s’arque un peu, douleur grignotante mais presque agréable. Rotation lente du cou avec une odeur de poussière sèche dans le nez. Les oreilles qui palpitent douloureusement. Tympans voilés, petit bruit de feutrine quand j’avale. Silence. Elle veut me parler, chhhhhut… pas parler. Lentement, sentir que tout se remet en place. Cambrer un peu les reins pour bien répartir le poids du corps sur le dos. Respirer. Profondément. Laisser les souvenirs de la veille remonter à la surface comme un sucre s’imprègne d’eau de vie. Hier soir les discussions rigolardes autour du bar, le pogo sur Love Like Blood de Killing Joke, la tour Eiffel la nuit et puis se souvenir qu’hier soir j'avais bu un verre de vin et une bière.


Se dire qu’une gueule de bois pour ça et quelques heures de sommeil en moins, c’est un peu cher payé.


Conclure en refermant les yeux que ça fait vraiment chier que le corps vieillisse plus vite que l’esprit...