Dans notre époque du tout-informatique, le passage d'un système d'exploitation à un autre, la mise à jour de logiciels, les upgrades divers et variés causent parfois de petites secousses telluriques, des micro-révolutions dans notre vie quotidienne et, pour ceux qui ont la chance d'en avoir une, dans notre vie secrète.

Le démarrage de ce nouveau logiciel de tri et de retouches de photos a été pour le moins intrusif. A peine arrivé, le nouveau venu a entrepris de fouiller allègrement mon disque dur dans ses moindres recoins, dans ses méandres les plus secrets.

C'est ainsi que se sont retrouvées exhumées, exposées au plein jour des peaux amantes et aimantes, des sourires complices en noir et en couleurs, d'enivrantes complicités...

L'efficacité du procédé me fit me réjouir que la manoeuvre n'ait pas eu lieu chez moi, à proximité d'yeux toujours inquisiteurs. Elle eut aussi le mérite de faire réapparaître ce que je pourrais qualifier... d'auto-portrait en érection.

Cette photo datait de la rencontre avec cette hôtesse de l'air qui avait voulu que je la traite comme la roulure qu'elle était. Une photo utilitaire, sans fard, sans volonté esthétique d'aucune sorte, adressée à cette jeune créature à peine capable d'écrire mais à qui un Dieu ironique avait donné un corps à vous jeter directement dans les bras de Son grand rival...

La photo est à peine cadrée, prise devant l'ordinateur. Le pantalon est déboutonné. Mon sexe est gonflé de tout le sang qu'il peut emmagasiner et pourtant il est penché sur le coté gauche, comme un tronc d'arbre abattu. La texture en est presque étrange, peut-être dûe au léger flou ou au trait de lumière qui glisse sur la peau. On le dirait en cuir. Le gland est bien décollé de la hampe, il est d'un rose frais. Son pourtour est épais, comme la bordure d'une pièce de monnaie. La peau du prépuce roulée autour de la tige est repliée finement, à peine visible par d'infimes stries. Il ploie et tourne légèrement sur lui même, une vrille qui part de la base et le fait s'incurver légèrement. A la base se dessine nettement une grosse veine, comme une membrure.

Il est posé là comme un corps, dans une sorte de lascivité sourde. Un objet, presque. A coté il y a ma main, posée le long de la cuisse. Les vêtements sont noirs, seuls se détachent le chibre et ma main. On voit quelques poils en désordre.

Regarder son propre sexe comme s'il était étranger est une sensation étonnante. Presque un désir homosexuel.