Elle n'a jamais bu autant de jus d'orange. Elle vient de faire le test pour la troisième fois et il faut bien qu'elle se rende à l'évidence : c'est bien un "+" qui apparaît avec obstination dans la petite fenêtre grise et elle a beau secouer, c'est pas une ardoise magique qu'elle a dans la main.

C'est un test de grossesse.

Juno McGuff a 16 ans et elle est enceinte pour de bon. Elle est enceinte de son pote Paulie Bleeker -son bandeau en éponge dans les cheveux, ses shorts jaunes trop courts- depuis cet unique soir où elle aurait fait n'importe quoi plutôt que de regarder encore la redif' du "Projet Blair Witch" à la télé.

Alors Juno va appeler sa meilleure copine sur son téléphone en forme de hamburger, déménager son salon pour l'installer sur la pelouse du géniteur accidentel, gerber dans les potiches de sa belle-mère, aller dans un centre d'avortement et puis finalement changer d'avis. Le têtard dans son ventre, elle va le laisser devenir plus présentable et puis le filer à un couple idéal qui vit dans une banlieue chicos.

Elle va faire son petit bonhomme... de chemin, Juno. Pendant neuf mois, se baladant entre l'âge adulte et l'enfance comme entre le centre d'échographie et le lycée, faisant le yo-yo en même temps que le niveau de ses hormones. Et elle ne gardera pas sa langue dans sa poche. Parce que Juno a oublié d'être conne et qu'elle a une tchatche qui ferait passer les mecs du Jamel Comedy Club pour des ramollis du bulbe.

Pendant ce temps-là dans la salle de cinéma, on se mord l'intérieur de la joue pour ne pas rire trop et risquer de louper la réplique suivante. On tombe amoureux de l'éblouissante Ellen Page qui est capable d'avoir l'air d'une femme et d'une enfant dans la même poignée de secondes. Et on chiale à la fin.

En sortant de la séance, on se dit aussi qu'on n'est pas peu fier de Diablo Cody, ancienne strip-teaseuse de Minneapolis aux airs de Suicide Girl et bloggeuse (Darling Girl ; The Pussy Ranch) à qui on doit le scénario sardonique et jubilatoire de cette petite merveille servie par une brochette d'acteurs au-dessus du lot.

Et on fouillera désespérèment le net à la recherche de la B.O. Qu'on ne trouvera évidemment nulle part.

Sucks to be you, dude.