Les libations, les bruits, les rires, les verres qui s'entrechoquent et les éclats de voix. Beaucoup de bruit, beaucoup de monde, un peu trop de tout. Décider contre l'avis général et les regards inquiets de rentrer à pied.

Plusieurs kilomètres à faire à travers la forêt, dans la nuit sans lune.

Le ciel anthracite au-dessus de la voûte des arbres noirs.

Les yeux devenus inutiles, les autres sens qui s’étendent du-delà du corps pour palper la nuit.

Respirer l’obscurité par chaque parcelle de sa peau.

Les pupilles qui s’écarquillent tellement qu’elle semblent s’étirer au-delà de l’œil.

Remarquer chaque fluorescence, chaque déplacement dans l’herbe sèche et les premières feuilles de l’automne. Deux points lumineux.

Ici.

Et là.

Et un peu plus loin.

Avancer plus par instinct de la bonne direction que par l’aide de ses sens, fil invisible avec les étoiles.

Se sentir bien.

Serein dans le noir absolu.

Avoir l’impression d’être pieds nus.

Et puis à un moment, voir une tache de lumière.

Hésiter. Ralentir, même.

Et puis y aller.

Rentrer dans la maison éclairée par ceux qui sont rentrés en voiture, dans les odeurs de bois ciré et d’alcools forts, dans les sourires accueillants de ces gens qui me veulent du bien.

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Et se dire qu’il y a un instant, tout était tellement plus clair.