12h45. C’est l’heure où les bruits des grands bâtiments ralentissent enfin, comme une bande magnétique s’arrête sur son erre. Le souffle des imprimantes se fait moins aigu, les grillons dans les téléphones apaisent leurs élytres de métal, les voix cherchent des regards où rebondir. En vain. Pas d’écho, ou presque. Le mou des moquettes grises. L’attente.

13h00 : Le premier « ding » de l’ascenseur a coïncidé exactement avec le passage à la verticale de la grande aiguille. Dans les pizzeria, les trattoria et les boites à en-cas, on se prépare au coup de feu. Lequel déclenche un envol de talons-aiguille qui crépitent d’un coup sur les dalles de marbre, en bas dans le grand hall. Trois points, trois traits, trois points… SOS estomacs vides dans une pluie stiletto.

13h15 : La grêle de pas titillants s'est apaisée. Les pieds sont un peu douloureux d’avoir trotté, d’avoir patienté debout dans la file pendant que l’hémisphère supérieur arbitrait entre la salade composée mais-sans-sauce-s’-il-vous-plait ou le cocktail de pâtes… Les talons-aiguille se sont posés et les jupes-tailleur strictes laissent entrevoir une fente de chair gainée de douze deniers. Des paroles volent, des mains tracent des signes dans l’air, des dents taillent, déchirent, découpent. Avec le sourire.

13h30 : Les jambes se croisent, se décroisent, sont serrées genoux contre genoux avec un angle de trente degré. L'angle également du regard des rares mâles qui viennent se restaurer ici… Quelques mollets tressautent encore de l’agitation de la matinée. D’autres flirtent du bout de l’orteil avec le stagiaire du marketing…

13h45 : L'air climatisé est encore immobile. Dans un instant les crépitements vont reprendre dans le hall d’entrée. Tous ces pieds chaussés de hauts talons, ces jambes finement voilées et ces émois triangulaires cachés, ourlés de dentelles délicates, s’échapperont de nouveau des ascenseurs pour marteler sans pitié des kilomètres de moquette voyeuse et épuisée.