Ce matin l’air était vif dans la grande ville.

Les voix des Parisiens filaient net dans l’air cristallin et les flaques de givre posées çà et là le long des trottoirs laissaient soupçonner le froid.

Bien à abri sous l'armure renforcée et le tissu technique du chevalier mécanique urbain, j'enchaînai dans le ronflement du moteur la rue de Rivoli, la place de la Concorde, le Rond-Point des Champs-Elysées et enfin je stoppai au feu rouge tout en suivant des yeux la neige qui flottait doucement…

Il me fallut une seconde ou deux pour réaliser qu'en fait de neige, il faisait un grand soleil !


Je remontai le cours des flocons jusqu'à leur origine et découvris deux échappés de Tchernobyl en train de bomber en blanc un massif de sapins fraîchement descendus du camion.

Je détaillai les combinaisons oranges, les gants en caoutchouc, les masques à gaz et le pistolet à peinture qui crachaient une tempête de flocons en tetrafluorure de benzèthyl anodisé qui tournoyaient furieusement autour des deux survivants de l'Apocalypse, créant un micro-climat de blizzard Bowllywoodien.

Cette année, Noël à Paris avait un air vaguement artificiel...

Je finis cependant par remarquer que celui qui tenait le pistolet était tellement environné de neige de synthèse qu’elle formait une barbe blanche qui pendait de son masque à gaz. Vêtu de sa combinaison presque rouge et de son bonnet en laine, il avait l'air d'un Père Noël pétrochimique.


Le feu passa au vert. Je tournai la poignée de gaz en souriant et en me disant que, finalement, l'esprit de Noël se manifestait toujours... Même là où on ne l’attendais pas !