Au moment où ça fait "cloc" à l'autre bout de la ligne, on se rend compte qu'on n'a même pas eu le temps de réfléchir.

juste avant, il y avait eu de l'autre coté de l'Atlantique ces voix devenues étrangères à force de temps , les difficultés pour savoir vraiment. Et ce jeu de piste pour arriver finalement à composer le bon numéro de téléphone, dans la bonne ville.

Au moment où ça fait "cloc" à l'autre bout de la ligne et qu'une voix fatiguée répond, on réalise qu'on n'a pas eu le temps de se préparer à ce qu'on allait dire.

Alors on hésite, puis on demande si la personne qui parle est bien celle que l'on croit.

Mais malgré l'alitement qui change la voix, on connaît la réponse.

Et les mots ne sortent pas.

Pourtant on l'avait déjà imaginé, ce moment. Dix fois, peut-être cent. Mais jamais comme ça. Jamais au téléphone. Jamais dans cette situation.

Alors on donne un prénom.

L'interlocuteur de l'autre coté de la ligne hésite, prononce le prénom qu'on vient de lui donner et y ajoute un terrible "... qui ? "

Alors on redonne son prénom, suivi d'un nom de famille. Un nom de famille qui est aussi celui de la personne à l'autre bout de la ligne.

Et quand celui qui est à l'autre bout de la ligne comprend enfin, on dit lentement ce mot qu'on n'avait pas employé depuis plus de dix ans.

"C'est moi... papa."