Les corps ternes pressés les uns contre les autres ignorent farouchement la promiscuité de l'espace confiné. La rame progresse par à-coups dans le tunnel. Les regards traversent les regards sans s'arrêter et viennent s’échouer sur les néons et les affichettes publicitaires. Le chargement humain ondule doucement à chaque arrêt et à chaque redémarrage. Au milieu du wagon, un couple se regarde dans les yeux. Elle lui parle doucement en posant ses mains sur sa chemise, elle pose ses doigts sur sa peau au travers du tissu, elle le touche, ôte sa main, et le touche encore. Ils ont les yeux fatigués et le teint illuminé d’un homme et d’une femme qui ont fait l’amour. La rame stoppe dans le tunnel, puis repart. La femme glisse sa main dans le dos de l’homme avant de s’égarer dans les plis de leurs manteaux... Peut-être s’assure-t-elle que l’homme est encore turgide de leur étreinte, peut-être s’assure-t-elle qu’il la désire même dans la foule apathique. Peut-être se rappellent-ils de leurs corps tumultueux quand elle l’a pris dans sa bouche en le regardant dans les yeux ou quand il a pénétré sa croupe pendant qu’elle haletait, bras accrochés aux barreaux du lit… La rame de métro relentit, puis s'immobilise. L’homme embrasse la femme sur la bouche, lui murmure quelques mots et descend. Il s’éloigne dans la foule vers une correspondance, vers une sortie. La femme reste seule. La rame redémarre lourdement dans le soupir des freins pneumatiques. Les corps ternes pressés les uns contre les autres titubent un instant puis reprennent leurs contemplations au travers des dos, au-dessus des visages fermés. Derrière les yeux de la femme défilent des émois, des images… tant de secrets.