Mes mots random...

Graphomanie, polygamie et tutti quanti...

10 septembre 2007

Happy Family Tree Friends

- Mère, racontez-moi une histoire.

- Je vais te raconter l'histoire de ma cousine, C.

C. a pris il y a plusieurs années la décision de ne plus sortir de chez elle. Elle vit avec les volets fermés en permanence. Elle ne sort plus faire les courses, elle demande à quelqu'un d'aller au magasin d'alimentation une fois tous les dix jours. Cette personne fait les commissions et les dépose sur le perron. Ma cousine C. attend la nuit pour sortir et les récupérer, comme elle attend la nuit pour aller prendre son courrier. Elle n'ouvre pas au facteur.

C. n'a pas vu le médecin depuis quatre ans, depuis qu'elle a décidé de ne plus sortir de chez elle. Elle avait un début de glaucome qu'elle n'a pas fait soigner. De toutes façons, elle n'a plus de lunettes, elles les a cassées un jour et elle n'a pas voulu voir le médecin pour les faire remplacer.

C. est abonnée à la télévision par satellite, mais elle a depuis deux ans un problème de réception. Alors elle a cessé de regarder la télévision, d'autant plus qu'elle ne voit presque plus clair à cause de son glaucome et de ses lunettes cassées. Mais elle n'a pas résilié son abonnement, car pour ça il faudrait qu'elle parle aux gens de TPS.

C. n'a pas coupé ses cheveux depuis quatre ans. Elle est très brune, mais elle ne s'épile plus la moustache. Maintenant, elle se rase.

Le fils de C. ne vient plus la voir.

Un jour, il l'a emmenée aux urgences car elle était saoûle et qu'elle s'était ouvert le front en tombant. Depuis, il a changé ses deux numéros de téléphone pour qu'elle ne l'appelle plus. Même si C. a cessé de boire. Et comme C. ne sort plus de chez elle, elle n'a pas revu son fils depuis, qui ne sait pas qu'elle ne boit plus.

Le fils de C. lui en veut car elle n'a jamais voulu lui dire qui était son père. Probablement parce que le père de son fils est aussi le propre père de C...

- Oh...

- Et pourtant, c'est injuste.

- Ah bon ?

- Oui, parce qu'en fait, le père de C. n'est pas son père biologique. La mère de C. a couché avec beaucoup d'autres hommes quand son mari était militaire. Ce qui fait que le père de C. n'est pas véritablement son père et qu'il n'y a donc pas eu d'inceste quand il a engrossé sa fille. Mais ça, C. ne l'a jamais su parce que sa mère s'est pendue quand elle était petite, dans la buanderie.

- Mère ?

- Oui ?

- Soyez gentille, ne me racontez plus jamais d'histoire.

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08 septembre 2007

Chabadabada

Il est ironique (et parfaitement logique) qu’un homme adultère et une femme qui a trompé nombre de ses amoureux soient aussi préoccupés de la fidélité.

Il y a quelques jours, sur la plage, elle traçait du pied de furieuses ellipes tandis que j’abordais frontalement le sujet. Je faisais l'homme, elle était femme. 

Au début de notre histoire, la fidélité aurait été un sujet de plaisanterie. La passion érotico-littéraire qui nous avait jeté dans les sécrétions l’un de l’autre sur le sol d’un bureau n’avait pas même d’avenir. Je baisais, elle se faisait sauter. Elle, moi, et tous les autres confondus dans un même maëlstrom. Il aurait été absurde d’en parler, voire d’y penser.

Les mois qui suivirent installèrent une fidélité naturelle, faite de sexe repu et de découverte de l’Autre incarné. La fidélité ne se questionnait pas, elle se vivait, le trop-plein permanent de nos échanges ne laissait de toutes façons pas la place à d’autres appétits. Il aurait été pathologique d’y penser.

La séparation de l’été engendra une crainte. Celle du vide créé par l’éloignement de l’autre et, sans doute, l’idée du remplacement. J’ai eu peur, j’avoue. Peur de son instinct de survie. Et nous avons survécu à cela.

Aujourd’hui je suis un homme infidèle que l’idée de sa tromperie à elle rend malade.

Nous sommes un homme et une femme qui portons nos faiblesses en bandoulière et l’appétit de la chair en étendard. Nous sommes un homme et une femme que l’appétit des corps et l’art de la séduction ont rapproché et qui n’aspirons maintenant qu’à la fidélité de l’autre, et à sa force.

L’amour d’un homme et d’une femme est décidément chose bien étrange. 

Posté par memorandhomme à 00:55 - Dans ma peau - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

05 septembre 2007

Flers-en-Escre

Mon plus ancien souvenir d'un voyage de nuit en voiture évoque les lueurs rouges et vertes d'un tableau de bord, le ronronnement du moteur et, dans la radio Grandes Ondes, la mélopée déjantée de "Days of Pearly Spencer" de David Mc Williams.

Mon plus récent souvenir de voyage de nuit en voiture date d'hier. L'autoroute était plus éclairée que dans mon enfance et les chauffeurs routiers avaient une vue imprenable sur les cuisses ouvertes de la jeune femme assise sur le siège passager.

Ma main gauche guidait le volant, ma main droite était à l'orée de son ventre. Lorsqu'elle a ôté sa culotte d'un geste preste, mes doigts ont goûté à la souplesse de ses lèvres parfaitement lisses. Mon majeur a glissé doucement sur son clitoris rendu à la fluidité. Petit à petit (au moment de la troisième salve d'appels de phares d'un trente-huit tonnes), mes doigts sont entrés en elle. La chaleur intense de son con s'est diffusée lentement à mes doigts, à ma main, à mon corps, à la totalité de mes pensées.

J'ai réglé le régulateur de vitesse en-dessous de la vitesse autorisée. Petit à petit, elle a arc-bouté son corps, tendu ses reins, elle a calé son dos contre le siège baquet. Lentement, elle a gémi. Sourdement, elle s'est crispée sur mes doigts, les enserrant dans un étau de velours moite.

Son genou est venu appuyer sur la commande du GPS qui a affiché frénétiquement une série de noms de villes et c'est ainsi que j'ai découverts l'existence de Flers-en-Escre, dans le Nord-Pas-de-Calais.

Mon envie de plonger ma bouche au contact de son sexe humide et brûlant n'avait jamais été aussi forte.

Hélas les aires d'autoroutes ne sont plus comme lorsque j'avais cinq ans. Elles sont toutes bien éclairées, sécurisantes et sans la plus petite zone d'ombre. Il a donc fallu attendre et ronger mon frein. Attendre d'arriver chez elle, de soulever sa robe, de plaquer mon visage contre son ventre et de la faire basculer sur le dos.

Et de la déguster, par petites bouchées, par lentes dévorations voraces.

Posté par memorandhomme à 18:00 - Eros - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 septembre 2007

Carnaval

C'est encore un de ces jours.

Un de ces foutus jours où l'on se retrouve face au miroir dans la salle de bain et où l'on se trouve laid.

Un de ces jours où la moindre tentative de vêtissage se révèle vaine, et chacune pire que la précédente.

La chemise blanche à col italien, seyante avant l'été, couvre le torse comme un sac.

Le costume italien noir à la dernière mode flotte autour du ventre et, on en jurerait, baîlle subrepticement dans le dos.

La veste du costume tombe bizarrement et l'on agite désespérément les épaules dans l'espoir de lui retrouver un équilibre, une symétrie, une fluidité.

Peine perdue.

La catastrophe ne serait pas complète sans la cravate, pourtant achetée en même temps que le costume.

La cravate ne va pas. Trop large pour un costume slim.

On essaie de l'ignorer.

Après dix minutes de contorsions, de torse bombé, de ventre rentré, d'épaules replacées, de vue de face, de profil et de trois-quart, on se dirige vers l'entrée, résigné.

Deux minutes plus tard, on se rue devant le miroir, on arrache cette foutue cravate et on court vers le dressing pour en prendre une autre.

Celle qu'on avait acheté il y a 2 ans et qu'on n'avait jamais mise.

Elle va.

La situation est meilleure. Pas satisfaisante. Juste moins pire.

L'élégance d'avant l'été n'existe plus, bousculée pour les remaniements du corps.

Par le ventre plus plat. Par les épaules plus larges. Par une légère minceur acquise dans la nage régulière.

Rien ne va plus.

On est plus beau nu, mais on se hait habillé.

On ne devrait jamais rentrer de vacances.

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02 septembre 2007

L'homme coupé en deux

Je n'ai pas de peau. Ou si peu. Pas d'épiderme, j'entends. Pas de cette fine pellicule qui protège l'intérieur de l'extérieur. Avec la conséquence que ce que l'on me dit, ce que je vois, ce que l'on me fait entre directement à l'intérieur. Se déverse. Et brûle, gratte, chatouille, ronge, claque... c'est selon.

Je n'ai pas de peau, c'est ainsi. Je prends le monde de plein fouet. Beaucoup de choses me saturent émotionnellement. Me font peur. M'inquiètent. Me débordent. Alors, il y a longtemps, sans d'abord m'en rendre compte, j'ai trouvé la solution : la superficialité. J'ai compris que la seule solution pour ne pas me laisser envahir, voire anéantir par les choses était de ne leur accorder qu'une importance mineure. D'en faire, sans cesse, des évènements périphériques et multiples, quasiment indifférenciés.

De cette façon-là, j'ai commencé à faire plusieurs choses en même temps. Adolescent, je ne faisais mes devoirs qu'en écoutant de la musique. Loin de nuire à mon efficacité, cela me permettait de ne pas rester figé face à la feuille blanche à petits carreaux.

Plus tard, j'ai compris que je devais exercer un travail multi-directionnel, un travail qui me permettait de mobiliser sans cesse des zones différentes de mon cerveau, qui m'obligerait à faire sans cesse plusieurs choses à la fois. C'est ainsi que les tâches ennuyeuses ou cruciales sont devenues supportables, gérables, un genre de sport où rien ne prenait trop d'importance, où le volume neutralisait l'intensité.

Le superficialité, la dispersion m'ont préservé du pire. Elles m'ont permis de faire face aux cahots du monde, aux contraintes, aux déconvenues. Tout en me permettant le luxe, de temps en temps, de me concentrer sur certaines choses qui, par le plaisir qu'elles m'apportaient, méritaient que je m'y immerge tout entier.

C'est ainsi que ma vie de couple, avec ses hauts et ses bas, ses plaisirs et ses contraintes, est devenue de plus en plus fragmentée, et que ma vie amoureuse, elle, est devenue de plus en plus intense, concentrée, et extrême.

Posté par memorandhomme à 23:24 - Dans ma peau - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 septembre 2007

Modern talking

Nous sommes en voiture, il fait beau et T. et moi avons décidé d'aller déjeuner au soleil, dans ce grand parc un peu en-dehors de la ville. Il me parle d'un de ses amis qui vient de frôler la mort à cause d'une septicémie. Je lui demande si l'ami en question a une femme et des enfants, il me répond  "Oui, deux enfants et deux femmes". Je souris en coin tout en regardant la route. "Comme tout le monde, quoi"... Je le sens sourire. "Oui, comme tout le monde"...

Je me demande combien d'hommes autour de moi sont monogames. Je me demande depuis combien de temps je n'ai pas eu deux, voire trois -quand ce n'est pas quatre- femmes en même temps dans ma vie... Six ans ? Peut-être plus. Je ne sais plus...

Je me demande depuis combien de temps je ne culpabilise plus. Trois ans. Peut-être quatre.

Je me demande quand j'en suis arrivé à trouver que cette situation était tout ce qu'il y a de plus normale... Un an ? Plus ?

Je me demande combien de temps il me reste avant que tout cela ne vole en éclat.

Un an ? Moins ?

Posté par memorandhomme à 01:00 - Dans ma peau - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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