Mes mots random...

Graphomanie, polygamie et tutti quanti...

29 septembre 2007

Inventaire

Des artères, des tissus, des tendons.

La main fait un froissement de soie quand elle court sur la peau

Des muscles, des os, des veinules.

Les bras s'entremêlent, s'aggrippent, ne se lâchent que pour se reprendre encore

Des fluides, des creux, des empreintes.

La bouche happe, mord, goûte, marque, dévore, assouvit

Des flux, des reflux, des cellules.

Les mains ancrées jointures soudées dans les plis des draps chaotisés

Du sang, des battements, des organes.

La chair en ivresse de chair, le désir de fusion, au plus intime, au plus étroit

Des yeux, des nerfs, des ridules.

Jouir, sourire, respirer, murmurer.

Dire, taire, écouter.

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27 septembre 2007

Metaphysique

Si je croise votre chemin, vous ne me remarquerez sans doute pas.

Si vous êtes une femme, vous remarquerez peut-être mes mains. Des mains de pianiste à ce qu'il paraît.

Si vous êtes sensible à l'élégance masculine, vous apprécierez peut-être la façon dont je m'habille. J'y passe du temps.

Si vous êtes sensible à la voix, vous aimerez peut-être mon timbre, ma façon de poser les mots. Bien entendu je déteste ma voix.

Généralement, cependant, vous ne me remarquerez pas. Je serai pour vous cet homme anonyme, un visage de plus dans la foule, un dos déjà oublié.

L'endroit où vous me remarquerez sera cet espace confiné où il y aura moi, et vous.

Dans cet espace où il y aura votre corps et le mien.

Certes, vous m'aurez choisi.

Certes, vous m'aurez convié.

Mais c'est à ce moment-là que vous me verrez tel que je suis.

C'est à ce moment-là que vous saurez à quel point je peux être l'opposé de cet homme civilisé et soigneusement habillé que vous auriez à peine remarqué la demie-heure avant.

C'est là que vous comprendrez que mon langage est celui de la peau.

La vôtre et la mienne.

C'est en bousculant vos sens, en saisissant vos reins, en envahissant votre corps, en noyant votre visage sous la pression de mon épaule que je serai l'homme que je n'ai jamais cessé d'être.

C'est en dévorant chaque parcelle de vous, en humant chaque parfum et chaque odeur, en lapant chaque goutte de vos fluides les plus intimes que je vous connaitrai, et que vous me connaitrez.

C'est en heurtant nos corps, en mêlant nos souffles et nos râles, en fouaillant à l'intérieur de nos orifices que nous toucherons du bout de nos doigts souillés la nature de ce que nous sommes.

C'est à ce moment-là, au moment où vous et moi serons perdus, que vous saurez qui je suis.

Un homme heureux. Un homme à vous.

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25 septembre 2007

Le silence et l'or

Je suis partiellement en érection. Raide mais pas tout à fait dur.

Je vois la grosse veine qui serpente sous la peau fine. Le gland. L'ombre des bourses.

Elle est dans mon dos, plaquée contre moi, je sens son souffle entre mes omoplates.

Sa main s'avance. Je la guide, elle se referme sur mon sexe.

Il se passe quelques instants avant que quelques gouttes perlent, puis un filet.

Je me penche en avant, elle se courbe avec moi.

Je pisse à présent d'un jet continu.

Ses doigts sont refermés autour de ma chair tandis que le liquide brillant force son chemin entre les corps caverneux gonflés de sang.

Je m'appuie en avant, bras tendu et main contre le mur. Elle me demande si je pisse toujours comme ça. Je lui réponds non, que c'est parce que je bande et qu'elle me maintient le sexe sur un angle trop ouvert.

Elle est toujours contre moi, dans le silence de cette pièce blanche où seul retentit le glouglou dans la cuvette.

Je me demande si elle ressent quelque chose, dans sa paume et dans ses doigts.

Je ressens ce geste, le plus intime qui soit.

Sa main sur ma queue pendant que je pisse.

Sa main comme la mienne.

La solitude physiologique de l'homme, partagée entre elle et moi.

Les mathématiciens ont bien raison...

Le jet d'un liquide est une parabole.

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24 septembre 2007

De l'autre coté du mur (fin)

La cinquième fois, j'étais dans la cuisine.

Les cris de la jeune femme asiatique ont traversé le mur comme s'il n'existait pas. Des cris stridents, aigüs tandis qu'elle hurlait des mots incompréhensibles.

J'ai reposé le verre à vin que j'avais en main. Je suis resté immobile.

Je n'avais jamais entendu la voix de mon voisin aux cheveux gras et à la raie sur le coté, qui avait sans doute mauvaise haleine.

Ce soir, je l'entendis crier : "Pose ce couteau, bon sang ! Pose ce couteau !"

Il a continué d'un ton où se mêlaient la lassitude autant que la crainte : "Tu m'as déjà cassé un bras, bon sang, qu'est-ce que tu veux me faire cette fois-ci ?? Je n'en peux plus, moi ! Va-t-en, bon sang, mais VA-T-EN !!"

Il y eut encore des cris et une porte claquée à toute volée. Puis le silence... Je ne pourrais pas en juger, mais je crois bien avoir entendu un soupir derrière le mur.

J'étais toujours immobile. J'ai repensé que j'avais croisé le voisin deux jours plus tôt dans le hall d'entrée et qu'il avait un bras en écharpe...

Je n'ai plus revu la femme asiatique.

Le bras du voisin de palier a cicatrisé. La vie a repris son cours, les murs sont de nouveau calmes et opaques. Il vit de nouveau seul.

Et je continue à l'éviter à l'entrée de l'ascenseur.

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De l'autre coté du mur (3)

J'étais assis derrière l'ordinateur quand les bruits de l'autre coté du mur ont recommencé pour la troisième ou la quatrième fois depuis un mois.

Encore une fois des éclats de voix, une conversation vive qui s'échauffait rapidement. La jeune asiatique et le voisin. Non, cette fois-ci il y avait la voix d'un deuxième homme. La jeune asiatique parlait vite et fort, les hommes répondaient.

Il y eu rapidement des bruits de déplacements, des frôlements contre le mur commun. Puis des pas qui résonnaient lourdement sur le plancher. La fille s'est mise à parler de plus en plus fort, de plus en plus vite, puis à crier et une porte a claqué dans l'appartement.

Je me suis levé, j'ai approché mon oreille du mur, le téléphone dans une main.

Quel était le numéro de la police ?

Impossible de m'en rappeler.

J'ai écouté encore, mon oreille collée au mur.

Tout à coup, il y eut un bruit de cavalcade. Il y eut un choc violent contre la porte d'entrée de l'appartement d'à coté. La fille criait et tambourinait contre la porte blindée. J'ai compris aux bruits que les deux hommes l'avaient immédiatement saisie et entraînée loin de la porte et que, d'après les pas, ils l'avaient emmenée dans une chambre. Des sanglots sont venus, étouffés par le mur.

Bon Dieu, quel était le numéro de la police ? Impossible de m'en rappeler.

Le silence était retombé de l'autre coté du mur.

J'ai lentement reposé le téléphone.

à suivre

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23 septembre 2007

De l'autre coté du mur (2)

Un immeuble bourgeois est généralement calme.

Seuls filtrent parfois au travers des murs épais les cris d'un enfant turbulent, le son de l'aspirateur de la concierge dans l'escalier ou une porte blindée refermée trop fort qui claque lourdement.

Pourtant, ce soir-là, les clameurs qui traversèrent le mur mitoyen étaient d'une autre nature.

Des exclamations, une voix de femme haut perchée, une voix d'homme étouffée, des bruits de course sur le plancher, des claquements de porte.

Et finalement des cris, les cris d'une femme, suivis d'autres bruits synonymes d'une grande agitation.

J'avais posé ma main sur la poignée de ma porte d'entrée, en attente.

Les bruits finirent par se calmer sur un dernier claquement de porte, laissant place au silence d'un immeuble bourgeois, calme et serein.

Jusqu'au lendemain. Et à la semaine d'après. Et encore une fois, jusqu'à ce fameux soir où je pus entendre distinctement la présence de deux hommes en plus de la jeune femme, de l'autre coté du mur.

à suivre

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21 septembre 2007

De l'autre coté du mur

Je n'ai jamais entendu la voix de mon voisin de palier.

Mon voisin de palier ne répond pas à mon bonjour quand il sort de son appartement en même temps que moi du mien. Il se dépêche de fermer la porte de l'ascenseur grillagé avant que je ne le rejoigne.

Cela tombe bien, je n'ai pas envie de prendre l'ascenseur avec mon voisin de palier et je prends tout mon temps pour ne pas arriver au rez-de-chaussée en même temps que lui. J'imagine qu'il a mauvaise haleine.

Mon voisin de palier vit seul.

Il a les cheveux coiffés avec la raie sur le coté, le teint jaune, des lunettes rondes à monture de métal. Il s'habille quelquefois d'un anorak rouge et d'un bermuda beige.

Un jour, mon voisin de palier n'a plus vécu seul. Une jeune femme asiatique aux traits quelconques a emmenagé chez lui.

C'est peu de temps après que les cris ont commencé, derrière le mur.

à suivre

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19 septembre 2007

Menteur(s)

Je ne sais pas à quel moment j'ai compris la valeur du désir avant le désir.

Peut-être le jour où j'ai entendu cette phrase qui dit que le silence qui suit du Mozart est encore du Mozart.

C'est peut-être à ce moment-là que j'ai compris, a contrario, que l'avant le désir était aussi, et ô combien, du désir.

Cette idée m'effleure alors que la conversation entre nous est légère, presque désinvolte. Un plumetis de mots.

Oh, peut-être quelque chose dans l'air, une jambe en contact avec une autre, non rien, vraiment, trois fois rien. Une idée presque abstraite de ce qui pourrait nous jeter l'un contre l'autre, peut-être, plus tard. L'idée d'une éventualité, quelque chose de fugace. Un arrière-plan.

Ne pas y penser. Trop.

En fait, y penser sans cesse, comme une trame à la chaîne de ses mots.

Et plus tard, se laisser prendre par sa peau.

Ma bouche sur sa peau.

Sur ses lèvres.

Sur son corps.

Ma main dans ses cheveux.

Et tout oublier, tout, l'avant, l'après, le possible et les impossibles.

Etre le présent incarné.

Plus.

Rien.

D'autre que.

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13 septembre 2007

Teigne

Elle a vraiment de très beau cils.

De longs cils noirs et fournis qui habillent d'ombre ses yeux sombres.

Je suis en train de me dire ça tandis qu'une larme glisse au bord de ses yeux et coule, dans la rumeur de ce restaurant bruyant et bigarré.

Je prends son visage dans ma main et je lèche sa joue, doucement.

Je sens le sel sur ma langue, le mouillé sur ma peau. Je loupe un battement de coeur.

Mais je ne lâche rien.

Je vais poser des questions, encore et encore.

Je vais insister. Revenir.

Je vais dire non.

Je vais dire ce n'est pas ça.

Je vais contredire, moi qui ne contredis pas.

Je vais me battre.

Je vais faire venir les larmes une autre fois.

Et une autre fois encore, au-dessus du rôti.

Je vais être un vrai chien.

Je vais y revenir, encore et encore.

Je vais mettre le doigt sur la faille, sur le raisonnement qui ne tient pas.

Je vais taper dessus jusqu'à ce qu'il cède.

Jusqu'à ce qu'elle cède.

Parce que c'est elle.

Parce qu'elle compte.

Et parce que je l'aime.

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11 septembre 2007

Morale à la petite ceinture

J'ai d'abord remarqué le costume clair, rare en cette saison maussade et encore plus dans ce bus de la ligne PC3.

J'ai remarqué les chaussures de ville de couleur marron, parfaitement coordonnées au pull à col en "V" en laine légère sur une chemise bleu ciel.

Après quelque minute, j'ai remarqué enfin les yeux bridés, le visage poupin et la mollesse de la bouche.

Ce n'est qu'alors que j'ai vu que le jeune homme devant moi était mongolien.

Après quelques minutes, jai repensé à cette réflexion que je m'étais faite jadis en croisant un autre de ces enfants handicapés mentaux habillés en k-way bleu marine, chaussures pourries et pantalon en velours à grosses côtes.

Je me souviens avoir pensé à l'époque que personne n'avait l'air bien malin avec un k-way bleu marine, des chaussures pourries et un pantalon en velours à grosses côtes, et qu'habiller son enfant de cette façon, qu'il soit mongolien ou pas, n'était pas lui rendre service.

J'ai regardé autour de moi, dans le bus. Et j'ai eu l'impression, sans pouvoir le jurer, que les regards qui se posaient sur le grand enfant élégant étaient des regards sans curiosité ni malaise. Je me suis ensuite rendu compte que ces regards le voyaient, tout simplement, alors que les mongoliens, comme nombre d'autres handicapés, sont invisibles...

Et j'ai eu pour la mère de ce jeune homme, qui se tenait à coté de lui, une grande bouffée de tendresse, cette mère dont le fils n'était pas la moitié d'un fils, pas un qu'on habille à la Foirfouille parce qu'il est trisomique. Mais un fils, son fils.

Et, forcément, le plus beau garçon du monde.

Posté par memorandhomme à 17:20 - Dans ma peau - Commentaires [19] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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