Si je croise votre chemin, vous ne me remarquerez sans doute pas.

Si vous êtes une femme, vous remarquerez peut-être mes mains. Des mains de pianiste à ce qu'il paraît.

Si vous êtes sensible à l'élégance masculine, vous apprécierez peut-être la façon dont je m'habille. J'y passe du temps.

Si vous êtes sensible à la voix, vous aimerez peut-être mon timbre, ma façon de poser les mots. Bien entendu je déteste ma voix.

Généralement, cependant, vous ne me remarquerez pas. Je serai pour vous cet homme anonyme, un visage de plus dans la foule, un dos déjà oublié.

L'endroit où vous me remarquerez sera cet espace confiné où il y aura moi, et vous.

Dans cet espace où il y aura votre corps et le mien.

Certes, vous m'aurez choisi.

Certes, vous m'aurez convié.

Mais c'est à ce moment-là que vous me verrez tel que je suis.

C'est à ce moment-là que vous saurez à quel point je peux être l'opposé de cet homme civilisé et soigneusement habillé que vous auriez à peine remarqué la demie-heure avant.

C'est là que vous comprendrez que mon langage est celui de la peau.

La vôtre et la mienne.

C'est en bousculant vos sens, en saisissant vos reins, en envahissant votre corps, en noyant votre visage sous la pression de mon épaule que je serai l'homme que je n'ai jamais cessé d'être.

C'est en dévorant chaque parcelle de vous, en humant chaque parfum et chaque odeur, en lapant chaque goutte de vos fluides les plus intimes que je vous connaitrai, et que vous me connaitrez.

C'est en heurtant nos corps, en mêlant nos souffles et nos râles, en fouaillant à l'intérieur de nos orifices que nous toucherons du bout de nos doigts souillés la nature de ce que nous sommes.

C'est à ce moment-là, au moment où vous et moi serons perdus, que vous saurez qui je suis.

Un homme heureux. Un homme à vous.