27 septembre 2007
Metaphysique
Si je croise votre chemin, vous ne me remarquerez sans doute pas.
Si vous êtes une femme, vous remarquerez peut-être mes mains. Des mains de pianiste à ce qu'il paraît.
Si vous êtes sensible à l'élégance masculine, vous apprécierez peut-être la façon dont je m'habille. J'y passe du temps.
Si vous êtes sensible à la voix, vous aimerez peut-être mon timbre, ma façon de poser les mots. Bien entendu je déteste ma voix.
Généralement, cependant, vous ne me remarquerez pas. Je serai pour vous cet homme anonyme, un visage de plus dans la foule, un dos déjà oublié.
L'endroit où vous me remarquerez sera cet espace confiné où il y aura moi, et vous.
Dans cet espace où il y aura votre corps et le mien.
Certes, vous m'aurez choisi.
Certes, vous m'aurez convié.
Mais c'est à ce moment-là que vous me verrez tel que je suis.
C'est à ce moment-là que vous saurez à quel point je peux être l'opposé de cet homme civilisé et soigneusement habillé que vous auriez à peine remarqué la demie-heure avant.
C'est là que vous comprendrez que mon langage est celui de la peau.
La vôtre et la mienne.
C'est en bousculant vos sens, en saisissant vos reins, en envahissant votre corps, en noyant votre visage sous la pression de mon épaule que je serai l'homme que je n'ai jamais cessé d'être.
C'est en dévorant chaque parcelle de vous, en humant chaque parfum et chaque odeur, en lapant chaque goutte de vos fluides les plus intimes que je vous connaitrai, et que vous me connaitrez.
C'est en heurtant nos corps, en mêlant nos souffles et nos râles, en fouaillant à l'intérieur de nos orifices que nous toucherons du bout de nos doigts souillés la nature de ce que nous sommes.
C'est à ce moment-là, au moment où vous et moi serons perdus, que vous saurez qui je suis.
Un homme heureux. Un homme à vous.
Commentaires
...la nature chavirée, ensorcelée en buée sous peau... Un soupir (digne:)
Je vous...
je crois que...
Je vous envie, juste un peu de ce désir-là.
Sur la tangente de vos mots
Quelque chose d'univers sel....
Ah...ce moment-là... déclencheur et révélateur... de l'autre... de soi...
JJ Rousseau
@ Mi-nue : La nature peut-être aussi de retour, transparaissant sous la culture, la bousculant, la chahutant... Le mythe du bon sauvage appliqué à la sexualité, en quelque sorte (sourire). Merci de m'avoir montré vos nouveaux dessous... je ne les connaissais pas.
@ Kathle : Quel désir enviez-vous ? Celui que j'ai, celui que je reçois, celui que je suscite ? Ne me dites pas que le désir vous est étranger, vous n'êtes pas un pur esprit...
@ Noz : Les pensées sont meilleures quand elles sont épicées...
@ Narracoeur : Oui, une épreuve de vérité. Celle où ce ne sont pas que les corps qui sont nus, n'est-ce pas ? Un multiple dévoilement...
Un homme d'un bon moment.
@ Melody : Flûte, je suis découvert !...
Apprendre, étudier l'Être en tant qu'Être... La perpétuelle (re)découverte de l'autre, de son corps, de ses odeurs... Je vous souhaite que ce moment dure... C'est ce qui fait que rien ne s'essouffle. Ni l'envie ni désir. Intacts, malgré le temps qui passe, les inquiétudes, les spasmes quotidiens.
*soupire*
Se connaître
Oui... à ce moment-là sûrement. Et après ? Ne demeurent que deux chairs qui se séparent sur la douloureuse inanité de leur raison d'être...
Belle plume en tout cas... Merci.
@ Fée d'Hiver : Chaque fois comme une première fois ? C'est un principe qui contient en lui-même une fin et un recommencement... L'éternel retour du désir.
@ Laëtitia : Allons... faites-moi plutôt un joli sourire...
@ Aurore : Oserais-je vous contrarier pour votre premier commentaire sur ce blog ? Je pourrais vous répondre que quelquefois la seule rencontre charnelle, si elle est intense, si elle est sincère, si elle est passionnée, peut suffire à donner du sens. Mais ce serait de la pure rhétorique. Ce que j'ai envie de vous répondre, c'est que cette solitude de "l'après" je ne la connais pas. D'abord parce que la jubilation d'une rencontre charnelle me remplit de joie. Ensuite parce que l'attirance qui mène à la rencontre n'est jamais ni anodine ni hasardeuse. Et enfin parce que la rencontre des corps, surtout, est pour certains êtres le plus court chemin vers l'âme et vers le coeur...
Et pourtant...
Il en existe de ces hommes remarquables au moindre coup d'oeil(lade), des qui font tourner les têtes sur leur passage et que rien ne semble arrêter. Une vague présomption sans doute voile leur allure et soudain, ce sont des mains de pianiste qui nous captent.
PS: vue votre maîtrise du clavier, pas étonnant qu'on remarque vos mains.
Si le talent était visible sur le corps, votre regard serait couleur noisette et vos mots, de fines lanières d'un noir ambré.
Oh ben vous alors
@ quisas-quisas : ... Et j'aurais les joues toutes rouges de confusion pour compléter le tableau... (sourire)
Comme j'ai l'esprit tordu, vous me faites penser à cette réplique d'Achille Talon adressée à Lefuneste dans "Le grain de la folie" (oui, je sais, j'ai des lettres) :
"Si la nature vous avait sculpté un physique à la hauteur de votre cerveau, c'est bien simple : vous seriez beau".
D'accord. Je décide de le prendre pour un compliment. (sourire)
@ Quisas-Quisas : Rho, mais non enfin, c'était de l'auto-dérision !
Un homme... Avoue..
C'est un peu de l'autopromo tout cela...
(Moi qui déteste les soldes..)
@ Corynne : Que nenni... je suis un homme au corps et au coeur pris.
Quel joli texte. Une vraie élégance dans la narration, une vraie maîtrise du crescendo.
Melle Dusk, nouvelle lectrice.
@ Mlle Deusque : Yessss !! J'en ai enfin UNE !
Nouvelle egalement!
Il faut avoir un air de citadelle pour ecrire avec autant de paradoxes: la joie d'être meconnu, la vengeance de la nature veritable!
The Liu)
@ Liulee : Oui, vous avez parfaitement raison. Une vie amoureuse à l'envers, une écriture retournée comme un gant, une image intime à la fois étalée au grand jour et défendue de la plus farouche façon. Une anti-célébrité, en quelque sorte... Quoi qu'il en soit, soyez la bienvenue.
La deuxième partie me touche particulièrement car au-delà des apparences de vous que vous voulez préserver, vos mots font mouche et ils valent et pour vous et pour nous tous...
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