24 septembre 2007
De l'autre coté du mur (fin)
La cinquième fois, j'étais dans la cuisine.
Les cris de la jeune femme asiatique ont traversé le mur comme s'il n'existait pas. Des cris stridents, aigüs tandis qu'elle hurlait des mots incompréhensibles.
J'ai reposé le verre à vin que j'avais en main. Je suis resté immobile.
Je n'avais jamais entendu la voix de mon voisin aux cheveux gras et à la raie sur le coté, qui avait sans doute mauvaise haleine.
Ce soir, je l'entendis crier : "Pose ce couteau, bon sang ! Pose ce couteau !"
Il a continué d'un ton où se mêlaient la lassitude autant que la crainte : "Tu m'as déjà cassé un bras, bon sang, qu'est-ce que tu veux me faire cette fois-ci ?? Je n'en peux plus, moi ! Va-t-en, bon sang, mais VA-T-EN !!"
Il y eut encore des cris et une porte claquée à toute volée. Puis le silence... Je ne pourrais pas en juger, mais je crois bien avoir entendu un soupir derrière le mur.
J'étais toujours immobile. J'ai repensé que j'avais croisé le voisin deux jours plus tôt dans le hall d'entrée et qu'il avait un bras en écharpe...
Je n'ai plus revu la femme asiatique.
Le bras du voisin de palier a cicatrisé. La vie a repris son cours, les murs sont de nouveau calmes et opaques. Il vit de nouveau seul.
Et je continue à l'éviter à l'entrée de l'ascenseur.
De l'autre coté du mur (3)
J'étais assis derrière l'ordinateur quand les bruits de l'autre coté du mur ont recommencé pour la troisième ou la quatrième fois depuis un mois.
Encore une fois des éclats de voix, une conversation vive qui s'échauffait rapidement. La jeune asiatique et le voisin. Non, cette fois-ci il y avait la voix d'un deuxième homme. La jeune asiatique parlait vite et fort, les hommes répondaient.
Il y eu rapidement des bruits de déplacements, des frôlements contre le mur commun. Puis des pas qui résonnaient lourdement sur le plancher. La fille s'est mise à parler de plus en plus fort, de plus en plus vite, puis à crier et une porte a claqué dans l'appartement.
Je me suis levé, j'ai approché mon oreille du mur, le téléphone dans une main.
Quel était le numéro de la police ?
Impossible de m'en rappeler.
J'ai écouté encore, mon oreille collée au mur.
Tout à coup, il y eut un bruit de cavalcade. Il y eut un choc violent contre la porte d'entrée de l'appartement d'à coté. La fille criait et tambourinait contre la porte blindée. J'ai compris aux bruits que les deux hommes l'avaient immédiatement saisie et entraînée loin de la porte et que, d'après les pas, ils l'avaient emmenée dans une chambre. Des sanglots sont venus, étouffés par le mur.
Bon Dieu, quel était le numéro de la police ? Impossible de m'en rappeler.
Le silence était retombé de l'autre coté du mur.
J'ai lentement reposé le téléphone.
à suivre