La cinquième fois, j'étais dans la cuisine.

Les cris de la jeune femme asiatique ont traversé le mur comme s'il n'existait pas. Des cris stridents, aigüs tandis qu'elle hurlait des mots incompréhensibles.

J'ai reposé le verre à vin que j'avais en main. Je suis resté immobile.

Je n'avais jamais entendu la voix de mon voisin aux cheveux gras et à la raie sur le coté, qui avait sans doute mauvaise haleine.

Ce soir, je l'entendis crier : "Pose ce couteau, bon sang ! Pose ce couteau !"

Il a continué d'un ton où se mêlaient la lassitude autant que la crainte : "Tu m'as déjà cassé un bras, bon sang, qu'est-ce que tu veux me faire cette fois-ci ?? Je n'en peux plus, moi ! Va-t-en, bon sang, mais VA-T-EN !!"

Il y eut encore des cris et une porte claquée à toute volée. Puis le silence... Je ne pourrais pas en juger, mais je crois bien avoir entendu un soupir derrière le mur.

J'étais toujours immobile. J'ai repensé que j'avais croisé le voisin deux jours plus tôt dans le hall d'entrée et qu'il avait un bras en écharpe...

Je n'ai plus revu la femme asiatique.

Le bras du voisin de palier a cicatrisé. La vie a repris son cours, les murs sont de nouveau calmes et opaques. Il vit de nouveau seul.

Et je continue à l'éviter à l'entrée de l'ascenseur.