J'ai d'abord remarqué le costume clair, rare en cette saison maussade et encore plus dans ce bus de la ligne PC3.

J'ai remarqué les chaussures de ville de couleur marron, parfaitement coordonnées au pull à col en "V" en laine légère sur une chemise bleu ciel.

Après quelque minute, j'ai remarqué enfin les yeux bridés, le visage poupin et la mollesse de la bouche.

Ce n'est qu'alors que j'ai vu que le jeune homme devant moi était mongolien.

Après quelques minutes, jai repensé à cette réflexion que je m'étais faite jadis en croisant un autre de ces enfants handicapés mentaux habillés en k-way bleu marine, chaussures pourries et pantalon en velours à grosses côtes.

Je me souviens avoir pensé à l'époque que personne n'avait l'air bien malin avec un k-way bleu marine, des chaussures pourries et un pantalon en velours à grosses côtes, et qu'habiller son enfant de cette façon, qu'il soit mongolien ou pas, n'était pas lui rendre service.

J'ai regardé autour de moi, dans le bus. Et j'ai eu l'impression, sans pouvoir le jurer, que les regards qui se posaient sur le grand enfant élégant étaient des regards sans curiosité ni malaise. Je me suis ensuite rendu compte que ces regards le voyaient, tout simplement, alors que les mongoliens, comme nombre d'autres handicapés, sont invisibles...

Et j'ai eu pour la mère de ce jeune homme, qui se tenait à coté de lui, une grande bouffée de tendresse, cette mère dont le fils n'était pas la moitié d'un fils, pas un qu'on habille à la Foirfouille parce qu'il est trisomique. Mais un fils, son fils.

Et, forcément, le plus beau garçon du monde.