Le manque d'elle m'arrive généralement comme une claque dans la gueule.

C'est d'autant plus surprenant que j'ai toujours soigneusement cultivé la protection contre le manque. Enfant unique, la solitude m'a toujours été un état naturel. Homme vivant dans la séduction, sortir de la solitude m'a toujours été une facilité.

De cette façon, j'ai toujours évité le manque. Soit en me suffisant à moi-même, soit allant trouver un autrui (de sexe variable) pour combler un besoin de présence, d'intelligence ou de sexe. Parfois même les deux. Rarement les trois...

Le manque n'est donc ni un état naturel, ni un état endémique pour moi.

La cause en est simple : ses écrits, mes souvenirs, l'odeur de sa peau dans les plis de ma paume, les échanges numériques variés m'en préservent généralement bien. Je sais qu'il y aura un mail, un sms, un texte pour me rapprocher d'elle. Je vis minute après minute dans la douce insouciance de l'homme aimé, et qui aime.

Alors quand elle vient, cette sensation étrange me fait l'effet d'une déchirure sur le coté gauche de mon champ de vision. Toujours sur le coté gauche. Elle ne fait pas de bruit mais soudain elle est là. Un creux, j'allais dire une béance si je n'avais pas déjà employé le mot.

Elle est là.

Ensuite elle se propage de l'air ambiant à mon corps, je crois qu'elle descend au niveau du sternum et le long de l'oesophage. Et puis elle éclate, quelque part dans un ventricule. Le gauche ou le droit, j'ai pas compté.

A ce moment-là, l'absence prend toute la place. Un appel d'air, un trou noir en réduction.

Et celle qui manque est alors tellement absente qu'elle en est là.