Ainsi il a fallu prendre la boue, les scories, les corps étrangers.

Il a fallu prendre la triple humiliation, les incompréhensions, les doutes.

Il a fallu prendre la matière informe, râpeuse, grumeleuse.

Il a fallu la laisser se contracter jusqu'à ce qu'elle forme cette boule dure, dense, noire au centre du corps. Et la laisser fermenter.

L'incuber au centre, la laisser peser et refroidir.

Il a fallu mirer la matière, inlassablement, la faire tourner sur elle-même sans fin jusqu'à ce que ses contours se dessinent et se courbent.

Il a fallu la scruter dans la lumière sombre de l'esprit jusqu'à trouver la veine, les failles, les arêtes.

Il a fallu l'abraser, la ciseler, faire ruisseler l'eau.

Il a fallu travailler jusqu'à ce que la boue, les scories, les indurations et les impuretés disparaissent.

Il a fallu frotter, polir, tailler.

Il a fallu travailler et travailler pour que la boule impure et malodorante, aux contours ingrats et aux saillies malcommodes prenne forme et justesse.

Il a fallu le travail et le temps pour que le bloc malaisé soit transformé.

Il a fallu la volonté pour qu'il se transmute en matière dure, brillante et facettée.

Il a fallu la rage et la volonté pour qu'il soit là enfin, noble et brillant, pour que la fange lourde et collante devienne lumineuse et chatoyante.

Il a fallu la rage la volonté et le temps pour qu'au coeur de la poitrine soit à nouveau cette pierre tranchante et absolue, cette volonté, cette richesse inflexible.

Il a fallu cela pour que le miracle permanent s'accomplisse.

Qu'il soit accompli encore une fois.