La cour intérieure est jolie. Elle a été repeinte et les murs gris sale ont dorénavant une couleur claire et lumineuse qui s'épanouit sous le soleil de mai.

La petite jungle domestique que la gardienne de l'immeuble entretient consciencieusement prolifère, quelques petits oiseaux vibrionnent d'une feuille à l'autre, d'une fleur à l'autre.

Le soleil joue sur la verrière de l'atelier d'artiste, les pas rebondissent sur les murs.

Il suffit pourtant de contourner la petite vasque en pierre et de passer sous le porche du grand immeuble pour rejoindre le boulevard agité et commerçant.

La serrure fait un petit "clic" discret lorsqu'on appuie sur le bouton de la porte en laiton et en verre dépoli qui sépare ce monde-ci de l'autre.

L'ouverture de la porte fait accourir la rumeur des automobiles, des motos et des passants.

Aujourd'hui l'oeil enregistre des détails inhabituels : le nombre de gens sur le trottoir. Les expressions sur les visages levés. Et quelques cris, au moment où la porte fait "clic" en se refermant derrière vous.

Le bruit de ce qui heurte le trottoir à cet instant précis est incroyablement fort. Un choc à la fois sourd et net.

Il se pourrait qu'il y ait eu quelques craquements, des bruits d'éclatement peut-être. Il se pourrait que le bitume sous vos pieds ait répercuté tout cela. Mais vous ne savez pas.

Vous regardez au loin. Le silence est étonnamment dense. Le silence après ce bruit si net, si fort à quelques mètres de vous.

Pourtant il faisait beau, n'est-ce pas, si beau en ce jour du mois de mai ? Et la cour avait été repeinte de frais.