Je suis entré dans la salle de bains et je bandais.

J’étais nu comme je le suis habituellement chez moi le matin, et comme habituellement mon corps s’assurait que j’étais en état de perpétuer mon espèce, un mâle en bon état de fonctionnement.

Elle a poussé un petit cri de surprise affecté, et comme souvent elle s’est baissée et a pris mon sexe dans sa bouche, avec cette attitude ambiguë qu’elle a toujours, cette façon de faire comme si tout en ne faisant pas.

Pour une fois je ne me suis pas extirpé de mon corps pour vider mon regard de toute intensité, je n’ai pas pris cette attitude vaguement absente, je n’ai pas regardé ce point imaginaire hors de ma libido.

Pour une fois, j’ai laissé mon sexe durcir dans sa bouche, pour une fois j’ai approché ma main de son cul et je l’ai caressé.

Pendant quelques minutes, par cette muette incompréhension qui règne désormais entre nous, le désir n’a pas su se loger. N’a pas trouvé sa place. N’a pas su s’il dérangeait ou s’il était attendu.

Finalement, nous sommes allés dans la chambre a défaut de savoir où aller.

Nous nous sommes embrassés comme les amants s’embrassent généralement, et je ne sais pas si mon baiser lui a été agréable, si ma voracité coutumière lui a été plaisante.

Je ne sais pas si ma façon de prendre son corps, d’exprimer mon appétit lui a été flatteuse. Je sais qu’elle s’est presque débattu, qu’elle n’a pas aimé ma façon de plaquer son bassin contre le mien, ma manière de saisir son visage pour l’embrasser.

J’ai fini par m’échapper de son regard qui passait par des émotions qui n’avaient pas leur place dans ce moment-là pour aller entre ses cuisses.

J’ai compris qu’elle ne prenait pas de plaisir à cette caresse qui pourtant la transportait plus haut que ma bite ne pouvait le faire. J’ai senti son bassin inerte, sa vulve atone, son clitoris engourdi.

J’ai senti l’entrée de son vagin humide mais pas ouvert.

Le temps a passé lentement, visqueux comme ma langue sur son sexe.

Lorsque j’ai voulu entrer en elle, elle s’est levée et est allée chercher du gel lubrifiant. Puis elle s’est assise sur moi et a guidé mon sexe entre ses jambes comme une infirmière guide une sonde gastrique.

J’ai peu bandé. Elle a tressauté sur mon ventre et mes couilles pendant une dizaine de minutes.

Nous avons cessé de faire l’amour comme on cesse une conversation, faute de sujets communs.

Elle s’est allongée près de moi et elle a pleuré. Elle m’a dit qu’elle m’aimait. Je n’ai rien répondu.

Je suis resté longtemps silencieux. Un silence comme un coffre qui se referme, comme une parenthèse qui se clôt.

Je n’ai rien dit, cette fois-ci comme les autres.

Peut-être même que mon silence a duré, et qu’il dure encore jusqu’à aujourd’hui.