Je me suis souvent demandé si j’irais en enfer.

J'ai souvent pensé que si j'étais cet être insatisfait, déloyal et insatiable qui déroulait élégamment au fil des pages électroniques ses turpitudes, ses faiblesses et ses envies ; si j'étais cela –et je le suis-, je serai damné. 

Etre vil et immoral, ma chair rôtira en enfer, âme déchirée pour l’éternité, homme du moment condamné sur l’instant.

Mon cas ne souffrira aucun doute. « Stupre, lubricité, tromperies, MENSONGE, SEXE ! » criera le bourreau. 

Soit. 

Je suis un être vil, je serai donc damné. 

J’avancerai et alors que s’entrouvriront les portes rougeoyantes, je sentirai à travers mes chairs grésillantes ce cœur qui bat dans ma poitrine, ce cœur qui n’aura cessé de vouloir vivre avant que d’être consumé. Encore une fois… 

Je songerai au plaisir donné. 

Je songerai au désir d’aimer. 

Je songerai à l’amour des femmes et à l’amour de quelques-unes. 

Je songerai au désir de bonheur. 

Je regarderai à travers mes côtes transparentes ce cœur qui battra une dernière fois et je songerai à celui qui voulut faire l’ange et qui, pour y parvenir, fit si souvent la bête. 

Je songerai à cet homme qui s’étalait ainsi, sous vos yeux, écorché volontaire, victime sacrificielle consentie. 

Je songerai à tout cela.

Peut-être même que je sourirai. 

J’avancerai et je sourirai, cœur pur et mains souillées. 

Innocent jusqu'au dernier instant.