Ce jour-là, il fait beau.

En marchant d’un pas lent, on aperçoit le soleil qui trace des raies horizontales au sommet des haies parfaitement taillées.

Quelques oiseaux piaillent en se disputant un bout de laine ou un asticot.

Au loin, la Micheline passe le long du contrefort, tractant ses voitures rouges et jaunes derrière un jet de fumée noire.

En marchant d’un pas lent, on sent le soleil qui tape sur la joue.

Les graviers qui crissent sous les pas.

Ici, la bordure aurait besoin d’être refaite.

Là, la pierre est fendue.

Au bout de l’allée il y a la petite pompe que l’on fait tourner à toute vitesse et qui postillonne de l’eau en jets crachotants.

A la prochaine allée, on tournera à gauche.

Une trentaine de mètres encore à pas lents et on s’arrêtera.

Mains jointes.

Tête baissée.

Le curé dira quelques mots et le cercueil descendra dans la fosse fraîchement bétonnée.

Les uns et les autres défileront avec un geste, une pensée, une prière.

On aura un regard ou pas pour les parents, pour ceux-là qui ne se sont rendus compte de rien pendant deux jours. Qui ne montaient jamais voir. Qui ont dit qu'ils pensaient qu’il dormait.

Pendant deux jours.

On aura un regard ou pas pour les parents qui tout à l’heure superviseront la pose de la très large et très épaisse dalle de marbre noir et qui viendront ensuite toutes les semaines la frotter pour qu’elle brille bien au soleil.

Et quelqu’un aura juste cette petite phrase, entendue dans un souffle :

« Ils peuvent être rassurés, va... avec la couche qu'ils lui ont mis dessus, il risque pas de revenir. »

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